Texte et numérique : la nouvelle vie des paroles de chansons

Blank Tablet with Guitar instrument for Music ContentsLa musique enregistrée n’est pas le seul secteur dont le numérique a profondément impacté les usages. Jadis imprimées dans les recueils de partitions, reproduites sur les livrets accompagnant les disques, ou plus récemment insérées dans les vidéos servant aux karaokés, les paroles de chansons, elles aussi, connaissent un renouveau depuis l’avènement d’Internet.

Elles ont aujourd’hui des sites spécialisés dans leur publication et trouvent également leur place sur les services de streaming (Deezer et Spotify notamment), via une fonction qui permet à l’utilisateur de découvrir le texte à mesure qu’il écoute sa chanson. Logiquement, le marché des « lyrics » se déploie et voit se développer des acteurs et des initiatives. La plus récente et la plus symbolique d’entre elles, en France, étant la création d’un classement hebdomadaire des paroles de chansons, lancé en juin dernier par Yacast en partenariat avec le site Paroles.net, leader du secteur dans l’Hexagone.

yacast-parolesnet

« Ce nouveau classement répond à un besoin, qui s’est développé à mesure que la consultation des paroles sur Internet est devenue une tendance forte auprès des consommateurs. Ainsi, au même titre que les professionnels doivent savoir quels titres et artistes sont les plus streamés, les plus écoutés en radios ou les plus shazamés, ils doivent pouvoir savoir quels sont les titres dont les paroles sont les plus consultées », indique Ali Mouhoub, directeur général adjoint de Yacast. Pas de grande surprise ni décalage à attendre, toutefois, quant aux chansons figurant dans ce classement. « On y retrouve un mix de hits du moment et de golds, c’est un reflet de l’airplay radio et télé », poursuit Ali Mouhoub. « La consultation des paroles de chansons échappe parfois à l’actualité musicale, et reflète l’engouement du public pour des temps forts de l’année, comme les compétitions sportives ou Noël. Avec l’Euro de football ces dernières semaines, on a vu les hymnes nationaux remonter dans les consultations », explique Martin Mutel, PDG de Cypok Media, éditeur de Paroles.net et Paroles2Chansons. Ainsi, sur la deuxième semaine de juin, les paroles de La Marseillaise arrivaient en quatrième position du Top Yacast (avec 13 716 vues, NDLR), juste derrière J’aurais pas dû de S-Crew (15 096 vues), On écrit sur les murs de Demis Roussos (16 960), récemment repris par Kids United, et Il est où le bonheur de Christophe Maé (18 713 vues).

Un marché de la publicité conséquent

Contrairement au chamboulement économique qu’il a déclenché au sein des maisons de disques, le numérique s’est traduit, pour les paroles de musique et pour leurs éditeurs, par une nouvelle source de revenus. En France, cela s’est concrétisé il y a six ans avec la création de la BOEM, une base de données de paroles (50 000 œuvres françaises et internationales, avec les métadonnées associées) initiée par les éditeurs de musique au sein de la CSDEM (Chambre syndicale de l’édition musicale). Cette base de données, proposée aux sites désirant l’exploiter, fait l’objet d’une gestion collective assurée par la SEAM (Société des éditeurs et auteurs de musique). « Avant la création de cette base de données, le marché des paroles sur Internet en France n’avait aucune réalité économique. Des sites spécialisés existaient, mais ils agissaient sans l’autorisation des ayants droit, ce qui a mené notre Chambre à saisir la justice à plusieurs reprises. La BOEM nous a permis de proposer une alternative légale aux sites qui voulaient poursuivre leur activité, et à ceux qui voulaient en développer une de pouvoir le faire simplement. Et puis nous nous sommes rendus compte que la manne publicitaire que drainaient certains de ces sites était conséquente », indique Delphine Paul, créative marketing manager chez Sony/ATV France et présidente de la commission « graphique » de la CSDEM.

csdemlyrics

Sur la base d’une rémunération assise sur un partage des revenus publicitaires des sites, la BOEM a généré 538 000 euros pour les ayants droit depuis les premières répartitions en 2011. « Ces sommes ne sont certes pas énormes, mais par les temps qui courent, voir naître de nouvelles sources de revenus, c’est toujours une bonne nouvelle », relève Delphine Paul. « La BOEM est aujourd’hui utilisée par une dizaine de sites en France, mais l’accord que nous avons signé avec l’agrégateur international LyricFind en juin pourrait accélérer les choses, dans la mesure où nos textes vont être intégrés à une soixantaine de sites dans le monde. Tout dépend ensuite du volume dans lequel ces textes seront consultés », complète Angélique Dascier, déléguée générale de la CSDEM. Notons que depuis cet accord en juin, LyricFind a signé un deal avec… Google, qui permet aux internautes de consulter une partie des paroles directement depuis le moteur de recherche (Google renvoyant ensuite sur Google Play Music pour l’intégralité du texte).

8 millions de visiteurs uniques par mois

La popularité des « lyrics » auprès du public est une réalité. Selon la CSDEM, les sites de paroles totalisent plus de 8 millions de visiteurs uniques par mois. « Paroles.net était, selon un récent classement de Médiamétrie, le 4e site de musique en France, derrière ceux de NRJ, Deezer et Spotify », souligne Martin Mutel. Cette tendance pousse d’ailleurs certains sites à se positionner sur ce créneau, pour deux raisons. En premier lieu, parce que la popularité des paroles les aide à remonter dans les résultats des moteurs de recherche. En second lieu, parce que les paroles incitent le public à regarder l’écran plus longtemps que la moyenne, argument commercial précieux pour valoriser de l’espace publicitaire. « Le marché des paroles en ligne est certes en plein développement, mais on assiste à une multiplication des points d’entrées, avec l’arrivée de Spotify et Deezer sur ce créneau, mais aussi de YouTube (où les vidéos intègrent parfois des paroles, NDLR), qui est le premier moteur de recherche musical, devant Google. L’enjeu pour des sites comme les nôtres est de faire en sorte que notre offre colle toujours au plus près des attentes des internautes, et qu’elle soit toujours facilement disponible », conclut Martin Mutel.