« Les Victoires de la Musique sont représentatives des grands artistes d’aujourd’hui »

ENTRETIEN AVEC YANN OLLIVIER, PRÉSIDENT DES VICTOIRES DE LA MUSIQUE CLASSIQUE

 

Yann-Ollivier (©Jean-Baptiste-Millot)

Vous présidez les Victoires de la Musique Classique depuis 5 ans. Quel regard portez-vous sur cette cérémonie qui sera diffusée le 24 février sur France 3 et France Musique en direct de la Halle aux Grains à Toulouse ?

Il s’agit tout d’abord d’exposer la musique classique au sein du service public, et auprès du public à une heure de prime-time. C’est une rencontre annuelle entre le public et les artistes qui me paraît essentielle. L’émission est un moment de musique vivante, où les téléspectateurs peuvent voir et entendre les plus grands artistes du moment. C’est dans cet esprit que nous concevons le programme avec Gilles Desangles, le directeur-général. D’autres rendez-vous de musique classique existent maintenant en prime-time également, ce dont je suis ravi, mais il ne faut pas oublier qu’il y a quelques années les Victoires étaient la seule émission à disposer d’une telle exposition. Le fait qu’elles aient perduré a incité France Télévision à proposer d’autres programmes.

Ces deux dernières années trois jeunes artistes qui sont au début de leur carrière, Julie Fuchs, Sabine Devieilhe et le violoncelliste Edgar Moreau ont été désignés Artistes de l’année. Est-ce une évolution ?

Je constate qu’il y a effectivement une évolution, mais c’est une tendance générale qui s’observe également pour les variétés. Les votes mettent en avant la relève, une génération de jeunes artistes en devenir qui ont toutefois déjà une belle carrière à leur actif. C’est une prime à la jeunesse et à l’enthousiasme. Mais regardez le palmarès au fil des années. Il est très cohérent et très représentatif des grands artistes d’aujourd’hui. Beaucoup de révélations sont devenues de grands artistes.

Claire Chazal présentera l’émission aux côtés de Frédéric Lodéon. Qu’est-ce qui a motivé ce choix ?

Claire Chazal est une grande professionnelle, avec elle nous avons la garantie d’une belle émission. Les Victoires peuvent bénéficier de son aura et de son image. C’est aussi une personne qui aime vraiment la musique classique, sa démarche est sincère.

Quels sont les événements qui, dans le domaine de la musique classique, ont à vos yeux marqué l’année 2015 ?

En premier lieu, l’ouverture et le succès de la Philharmonie à Paris (voir encadré). C’est l’événement de l’année et peut-être de la décennie. La salle est extraordinaire, elle dispose d’une acoustique unique. Je n’oublie pas l’ouverture de l’auditorium de Radio-France qui jouit d’une sonorité tout aussi belle, et qui est d’une taille différente. Grâce à la Philharmonie, Paris peut rivaliser avec Berlin, Amsterdam et Vienne. Toute une génération de chefs internationaux dispose maintenant d’une exposition nouvelle. Je pense en particulier à Mariss Jansons qui est venu diriger Malher, ou encore à Gustavo Dudamel. J’évoquais aussi le succès de cette salle, car beaucoup lui prédisaient un avenir sombre. Or elle ne désemplit pas, et ce succès s’accompagne également d’un renouvellement du public, grâce notamment à la programmation du week-end.

Côté artistes, 2015 a été une année extraordinaire pour Anna Netrebko, qui effectue un parcours absolument irréprochable. Ce n’est certes pas la première fois qu’elle venait à la Scala, mais elle a triomphé le mois dernier en ouverture de saison dans Giovanna d’Arco de Verdi. Quelle carrière !

Et puis à l’opéra de Paris, je retiendrais les deux productions du début de saison: Moïse et Aaron de Schönberg dans la mise en scène de Romeo Castellucci. C’est la première fois que je l’entendais sur scène. Et la combinaison de deux opéras, qui m’intriguait beaucoup, Le Château de Barbe Bleue de Bartok et La Voix Humaine  de Poulenc dans la production de Krzysztof Warlikowski. Ce sont deux productions qui m’ont convaincu.

Vous avez dirigé Universal Classics&Jazz. La part de marché du streaming ne cesse de gagner du terrain. Comment voyez-vous l’évolution du disque dans ce contexte ?

Ma conviction est que le support physique ne disparaîtra pas. Mais la nouveauté effectivement c’est le poids du streaming. Tout va dépendre de la qualité de l’offre. Pour l’instant on distingue pour le classique des publics assez différents. Un public traditionnel, qui connaît bien la musique et qui achète le disque physique en cherchant une interprétation précise. Par exemple les sonates de Beethoven par Maurizio Pollini. Un second public est attiré par l’achat digital, il vient pour le répertoire, il va acheter les sonates de Beethoven. Et puis la troisième catégorie c’est un public de mood, d’humeur, celui du streaming, en quête d’une atmosphère, d’une playlist. La difficulté pour le marché phonographique est d’être capable pour un même album de parler de trois façons différentes à trois publics pour l’instant encore différents.

Propos recueillis par Jean-Michel Dhuez


PHILHARMONIE DE PARIS : LES CHIFFRES D’UN SUCCÈS

La Philharmonie a tiré le bilan d’une première année d’exploitation avec un chiffre impressionnant : 1 203 056 personnes accueillies. La direction affirme que le nouvel établissement a réussi son implantation dans le paysage culturel, et qu’il a su faire venir et fidéliser un nouveau public. C’est vrai. Mais il est intéressant de regarder dans le détail ces chiffres. Il faut rappeler que la Philharmonie a pris le relais de la salle Pleyel, et qu’elle s’est ajoutée aux deux salles et au musée de la Cité de la Musique. Le chiffre de fréquentation qui est donc celui de l’ensemble du site. représente ainsi une hausse de 65% par rapport au cumul Pleyel-Cité de la Musique.

Les concerts ont attiré 539 722 personnes, soit une hausse de 28 % avec un taux de remplissage de 97 % pour la nouvelle salle. La fréquentation du musée s’établit à 396 977 personnes dont près de la moitié pour la seule exposition David Bowie.

En fait le renouvellement du public s’effectue essentiellement le week-end, grâce aux activités éducatives comme les concerts en famille, les concerts participatifs, les séances d’éveil musical ou les avant-concerts.

En revanche il est pour l’instant difficile de connaître la proportion du public de la salle Pleyel qui s’est reportée sur la Porte de Pantin. Laurent Bayle, le directeur général affirme que la Philharmonie a gardé un socle important de ce public. Pour en savoir plus il faudra attendre l’enquête qui sera effectuée dans le courant de l’année.