Kent : dans la tête d’un chanteur

Qu’y a-t-il Dans la tête d’un chanteur ? A la manière de Boris Vian dans En avant la zizique, Kent donne sa vision du procédé de création en chanson. Un livre indispensable pour toutes celles et ceux qui veulent se lancer dans l’aventure, où l’on croise Rimbaud, Pessoa, Brel, Dylan, Gainsbourg et beaucoup d’autres. Ou comment transmettre une passion tout en balayant les fantasmes.

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  • A l’origine de ce livre, il y a l’émission de radio Vibrato que vous avez animé en août 2013 sur France Inter. Comment vous êtes vous retrouvé là ?

Le point de démarrage, c’est la grande interview avec François Bunel pendant la promo de mon album Le Temps des âmes. Dans celle-ci, il me demande : « vous faites de la bd, de la musique, vous avez fait du cinéma… Quand allez-vous faire de la radio ? ». Je lui ai répondu : « quand on me le proposera ! ». Le lendemain, Philippe Val, alors directeur d’Inter, vient me voir à la sortie de mon concert et me propose l’émission. Il m’avait prévenu, mais si j’avais su la quantité de travail que cela nécessite, je n’aurais jamais accepté (rires) !

Dans cette série d’émissions j’ai voulu m’inscrire dans la filiation d‘En avant la zizique de Boris Vian. C’est un ouvrage qui m’avait enthousiasmé à la première lecture et sur lequel je suis revenu à plusieurs occasions au cours de ma vie. Enfin, je voulais aussi répondre, une bonne fois pour toutes, aux questions que l’on me pose fréquemment sur mon métier de chanteur, à la sortie d’un concert ou dans les dîners. Comme Boris Vian, j’ai voulu démonter les processus, démystifier cette chimère, ce fantasme.

  • Ce qui donne aujourd’hui un ouvrage hybride, entre l’autobiographie, la chronique et la description du milieu de la chanson et le guide pratique pour les nouveaux chanteurs. Y a-t-il aussi une volonté de transmission ?

J’ai voulu expliquer ce qu’est le métier de chanteur. Être chanteur, ça n’a rien à voir avec ce dont on peut rêver. C’est un métier difficile. Les émissions de télé-crochet, qui se sont multipliées ces dernières années, en ont donné une image fausse. C’est un miroir aux alouettes. Les gens sont persuadés qu’il s’agit du plus court chemin pour monter sur scène et être aimé du public. Mais pour que cela fonctionne, il faut trois choses : du talent, du travail et de la chance. Sans l’un des trois, cela ne fonctionne pas. Et en attendant que le talent se révèle, et que la chance se manifeste…il reste le travail ! Mais aussi importante soit-elle, la technique ne suffit pas. Ce qui fait la différence, c’est le talent. Et le talent ne s’explique pas. C’est un peu ce qui ressort du livre. Je démonte tout, je décortique, mais au final, sans talent, cela ne sert à rien… C’est comme un arc en ciel. On peut connaître par le menu le processus physico-chimique qui le fait apparaître, cela ne remplace ni n’explique l’émerveillement que l’on a a en voir un.

  • Malgré toutes les difficultés, c’est un encouragement pour les jeunes chanteurs, une façon de leur dire « allez-y » ?

Ce qui est important, c’est l’envie. Il m’arrive de temps en temps d’animer des master class. Je commence en général par ce que j’appelle un cours de découragement. J’énumère tous les problèmes que l’on rencontre quand on veut se lancer dans la chanson. Si à l’issue de ce préambule, ils ont toujours envie d’écrire des chansons, sans garantie aucune de connaître le succès, alors là, on y va. C’est un peu pareil dans le livre. Si à mes débuts, je l’avais eu entre les mains, cela m’aurait beaucoup aidé. Vers 12 ans, je voulais faire de la bande dessinée. A l’époque cela ne s’enseignait pas, la BD était même méprisée par les enseignants. Je suis tombé sur un livre qui s’appelait Comment devenir créateur de BD. C’était deux longues interviews de Jijé et de Franquin. Ils y expliquent tout ! C’était une découverte formidable, et un encouragement phénoménal pour un jeune comme moi. C’est ce que j’ai tenté de faire pour le métier de chanteur avec ce livre.

  •  Le hasard fait parfois bien les choses…

La chance, c’est aussi des rencontres. Une bonne rencontre peut tout changer. Elle peut se faire là où l’on s’y attend le moins. J’ai eu la chance de croiser Philippe Constantin, qui a fait décoller ma carrière. Je me souviens de lui un jour me disant : « je suis allé voir un concert dans une cave hier à Paris. Ils étaient deux sur scène, un claviériste et une chanteuse. Je crois que je vais les signer. Ils s’appellent les Rita Mitsouko ». On connaît la suite. C’est aussi ça la chance.

  • Y aura-t-il une suite à cet ouvrage ?

Pour ce qui est de la radio, je ne sais pas. En revanche, écrire sur la musique, je le fais régulièrement sur mon site, sur lequel je tiens un journal. Il y a toujours quelque chose à dire, le sujet est inépuisable. Et l’on n’est jamais à l’abri de nouvelles émotions, de nouvelles découvertes. En ce moment, je suis en train de changer d’avis sur le rap. J’ai découvert cet été des artistes qui m’ont musicalement retourné, comme Asap Rocky ou Kendrick Lamar. Je me plains souvent que le rock et la chanson n’évoluent pas. J’étais insensible au rap, mais je suis en train de réviser mon jugement. Il s’y passe des choses très intéressantes. Je me dis qu’une partie de l’avenir de la musique se joue là.

 


 

Kent, Dans la tête d’un chanteur, éditions Castor musique, 2015.

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