Higelin : « les choses arrivent à qui est disponible pour les vivre »

Huit ans après son ouvrage sur Barbara, la journaliste Valérie Lehoux publie une biographie à quatre mains de Jacques Higelin. Plus qu’un récit de vie, c’est un voyage dans la vie d’un homme libre, vivant, mû par l’instinct et l’envie de découverte. Un livre en mouvement pour un homme en mouvement, qui fête cette année ses 50 ans de carrière.

HIGELIN
  • Comment est née l’idée de cette biographie de Jacques Higelin ?

    En 2007, j’ai écrit une biographie de Barbara. J’avais travaillé avec une jeune éditrice, devenue depuis directrice chez Fayard. A la fin de ce travail, elle a manifesté l’envie de renouveler l’expérience. Je lui ai alors dit que le seul sujet qui m’intéressait, c’était Jacques Higelin. Etant journaliste chez Télérama, j’ai eu l’occasion de le rencontrer et de l’interviewer à plusieurs reprises. Au fil du temps, nous avons noué une relation de confiance, mais je ne lui avais jamais fait part de mon envie. Je voulais que cela vienne de lui, que les choses se fassent naturellement. Il a fini par m’en parler. Je lui ai alors avoué que j’y pensais depuis des années. Nous avons échangé pendant deux ans, et nous sommes mis au travail il y a un peu plus d’un an. C’était le bon moment. Le fruit était mûr.

  • Pourquoi était-ce le seul sujet qui vous intéressait  ?J’entretiens un rapport sacralisé aux livres et à la chanson. Je n’ai jamais souhaité faire de l’écriture de livres une activité professionnelle récurrente. C’est un tel engagement personnel que je ne peux le faire que pour des artistes qui comptent énormément pour moi. Jacques Higelin et Barbara sont les deux artistes qui m’ont forgés, formés, et accompagnés depuis l’adolescence.
  • Comment avez-vous procédé  ?
    Photo V.Lehoux (DR)

    Valérie Lehoux (DR)

    Nous avons commencé par réfléchir ensemble sur la forme. D’emblée, il m’a dit qu’il souhaitait que l’on entende ma voix. De mon côté, je ne voulais pas un livre classique. Je voulais un livre qui lui ressemble  : vivant, surprenant, parfois grave, parfois drôle… D’où cette idée de mêler récit et contrechants. Il fallait un ouvrage fidèle à sa personne, qu’il n’y ait rien de figé. Higelin est un homme pour qui rien n’est jamais figé. C’est un livre en mouvement pour un homme en mouvement. Nous avons passé beaucoup de temps ensemble, durant l’hiver et le printemps derniers. Ce travail a été à son image  : vivant et stimulant. Ce fut des conversations, des découvertes, des rencontres, des confidences… Il est parti en voyage dans sa propre histoire, et il m’y a emmené.

  • Vous vous êtes rendue avec lui sur les lieux marquants de sa vie  ?Nous sommes allés, ensemble, sur les lieux de son enfance, et ceux qui ont compté dans sa vie. Au premier rendez-vous, nous nous sommes retrouvés à Chelles, où il a grandi. Ce fut l’occasion de moments touchants, troublants. Il m’avait par exemple parlé d’une photo de lui enfant, sur laquelle il jouait la comédie. Il était crédité en tant qu’acteur sous le nom de Jacky. Il avait un souvenir très précis de cette photo, perdue depuis de nombreuses années. Je retrouve alors une femme qu’il a connu à ce moment-là. Nous allons prendre le thé chez elle…et elle nous sort cette photo  !
  • Après cette plongée, ce voyage dans la vie d’Higelin, comment le décririez-vous  ?
    Jacques Higelin 1.10.2015 (c) Pascal Ito

    Jacques Higelin (c) Pascal Ito

    Ce qui qualifie le mieux Jacques Higelin, c’est la liberté. Cela peut paraître cliché, mais je pense que cela colle à lui mieux qu’à n’importe qui d’autre. À aucun moment il n’a géré sa carrière, comme il n’a jamais géré sa vie. Il avance, encore aujourd’hui, à l’envie, à l’instinct. Les prises de risques ne sont pas un problème pour lui, comme à la fin de la grande tournée de 86. Il est au sommet de sa popularité. Il n’en peut plus, il n’hésite pas à décider d’arrêter. Il est allé dans toutes les directions, il a fait de la chanson, de l’expérimental, du folk, du rock, des grands spectacles théâtraux… Mais tout est très cohérent. Il est mû par l’instinct et la volonté de découverte, quelle que soit la raisonnabilité ou l’irraisonnabilité de ses envies. Ce livre, ce n’est pas une biographie, c’est une histoire ouverte, faites de souvenirs vivants. Son rapport au temps est singulier. Son passé est présent, son présent se nourrit de ce passé tout en étant en mouvement perpétuel. Ce qui est le plus frappant quand on côtoie Jacques Higelin, c’est de se rendre compte à quel point c’est un homme vivant. Peu de gens le sont autant que lui.

  • Ce livre, est-ce aussi une forme d’hommage aux personnes rencontrées au cours de ces 50 ans de carrière  ?Jacques Higelin est très conscient de toutes les rencontres décisives de sa vie, et de ce qu’il leur doit. Ce livre est aussi une manière pour lui de saluer et de remercier les gens qu’il a croisé et qui l’ont encouragé sur ce chemin  : Henri Crolla, Jacques Canetti, Pierre Barouh, Brigitte Fontaine, qui est toujours très présente dans sa vie…Même les personnes disparues sont toujours très présentes. Une phrase du livre résume bien ce parcours singulier  : « les choses arrivent à qui est disponible pour les vivre, les entendre ou les voir ». Il a toujours été disposé aux rencontres, toujours ouvert, toujours curieux. Il continue de s’enrichir des autres. Il est toujours dans le mouvement. Et cette disponibilité à la vie, il la transmet autour de lui.

HIGELIN

HIGELIN, Jacques, LEHOUX, Valérie, Je vis pas ma vie, je la rêve, éditions Fayard, septembre 2015.
Format : 13.5 x 21.5 cm • Pagination : 410 pages • Langue : français • 20,90 euros
ISBN 978-2-213-69387-3

 


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