BRANCHÉS À L’ÉLECTRO

À quelques semaines des Transmusicales de Rennes, les musiques électroniques françaises occupent le devant de la scène en cette fin d’année. La publication en octobre d’une étude inédite commandée par la Sacem et réalisée par le journaliste Olivier Pellerin et le consultant économique Benjamin Braun a permis de mettre en valeur la vivacité de la scène électro qui atteint sa maturité commerciale dans notre pays.

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C’est comme une nouvelle vague ! Sans remonter aux années 50 et aux recherches de Pierre Schaeffer et aux travaux du GRM (Groupe de recherches musicales), c’est au tournant des années 90 que l’électro prend racine en France. En marge des raves qui en ce temps-là donnent des cauchemars aux autorités locales, des soirées électro se multiplient dans de nouveaux lieux, des labels se créent, des projets émergent et des DJ se font connaître. « Des soirées Wake Up de Laurent Garnier entre 1992 et 1994 au Rex Club à sa première Victoire de la Musique catégorie « Musique électronique ou dance » en 1998, du magasin Rough Trade où officiaient Arnaud Rebotini et Ivan Smagghe, aussi pilier du Pulp avec Chloé et Jennifer Cardini, qui donnera naissance au label Kill the DJ, une communauté qui essaimera jusqu’à Daft Punk et David Guetta, aura permis l’explosion actuelle d’une jeune génération décomplexée ». Les deux auteurs de l’étude brossent ainsi le portrait de cette nouvelle génération de digital natives qui, depuis les années 2000, ne cesse de réinventer la musique électronique. Ce dynamisme se traduit aussi par l’éclosion depuis quelques années de nouveaux lieux et de nouveaux cadres de diffusion, festivals, soirées, clubs et autres collectifs. « C’est un mouvement qui se développe en étant tiré vers le haut, confirme le duo musical Cassius. La musique électronique est devenue la pop musique d’aujourd’hui ». Ce que confirme l’éditeur Jean-Christophe Bourgeois (Sony ATV) : « Le développement de la scène électronique live ne s’est pas fait sur le succès de quelques artistes « stars » qui passent en radio, mais plutôt par le développement réussi d’un écosystème relativement disjoint des grands médias mainstream et de leur programmation ».

Composer dans sa chambre

Dans le classement du site anglais spécialisé Resident Advisor, cité par Olivier Pellerin dans une interview à Libération, la France compte à ce jour 2981 DJ qui peuvent être classés en deux grandes catégories : « L’animateur qui sélectionne et enchaîne des morceaux avec talent au sein d’une boîte de nuit et l’artiste de musiques électroniques qui crée de la musique, en live ou non, parfois basée sur des œuvres existantes, et qui peut proposer un éventail de dispositifs variés sur scène (interprétation de ses œuvres, remixes d’œuvres de tiers, combinaison de disques) ». L’étude dresse ainsi une typologie des artistes de musiques électroniques.

Dès le plus jeune âge, le Bedroom producer manie les logiciels avec la même facilité qu’il se brosse les dents, et compose – dans sa chambre donc – des morceaux qu’il met en ligne. Le succès peut être très vite au rendez-vous comme ce fut le cas il y a peu pour Petit Biscuit (17 ans). Internet et l’évolution des technologies ont évidemment changé la manière de produire la musique comme en témoigne DJ Chloé. « Avant, acheter du matériel coûtait cher et demandait d’être un peu geek ou de passer par une école de son pour apprendre. Aujourd’hui, on trouve des tutoriels sur Internet et les logiciels sont devenus intuitifs intégrant même leurs propres leçons ».

La typologie distingue d’autre part l’artiste en développement dont l’objectif est de vivre de sa musique, mais qui avant cela doit franchir un certain nombre de paliers. S’il devient DJ techno confirmé, la majorité de ses revenus proviendra des sets live qu’il donnera toutes les fins de semaine dans des clubs, des festivals ou des événements privés pour des marques. Enfin, il peut espérer devenir une star internationale lorsque ses morceaux et ses albums seront distribués sur les médias grand public.

Deux grands courants

De nombreux artistes se regroupent maintenant en collectifs pour stimuler leur créativité mais aussi pour mutualiser leurs moyens de production et de promotion. On compte désormais une soixantaine de collectifs en France. Autour des artistes, « des aficionados de techno house qui organisent des soirées, passent des disques, voire s’associent pour produire un peu de musique » précise Olivier Pellerin. De manière générale, on a désormais affaire à un public connaisseur mais aussi exigeant.

L’étude distingue deux grands courants des musiques électroniques, la dance music surtout diffusée sur les canaux traditionnels (radio, télévision, boîtes de nuit) et la techno/house dont les artistes se produisent surtout en live (le live représente plus des deux tiers des revenus des artistes électro). Résultat : le nombre de scènes ne cesse d’augmenter. On compte désormais soixante-cinq festivals en France auxquels il faut ajouter les festivals de musiques actuelles qui programment des nuits électroniques.

La manière de diffuser la musique a changé et conduit à une diminution du nombre d’intermédiaires dans la chaîne de distribution de la musique. Les plateformes de streaming ont pris une place prépondérante pour la distribution de musique enregistrée notamment pour les musiques électroniques indépendantes. Éditeur et manager (Étendard Management), Christian de Rosnay relève le fort potentiel à l’export de la musique électro : « La synchronisation permet d’autre part de donner de l’exposition aux œuvres et peut même avoir un effet de levier sur les ventes de supports phonographiques. »

Les musiques électroniques en France pèsent 416 millions d’euros dont 71% proviennent du chiffre d’affaires des clubs et discothèques et 11% du chiffre d’affaires des festivals. Un secteur qui se porte de mieux en mieux et représente 17% du marché des musiques actuelles.

Fabien le Tertre

Pour en savoir plus :

Le poids économique des musiques électroniques en France