35 ANS DE FÊTE DE LA MUSIQUE

FDLM2016La trente-cinquième édition de la Fête de la Musique se tiendra le 21 juin, jour du solstice d’été. Fête païenne et colorée, manifestation de rue, elle est désormais un rituel, « une fête nationale des jeunes », selon Sylvie Canal qui dirige l’Adcep, association organisatrice d’événements culturels à laquelle le ministère de la Culture a confié la coordination de la Fête de la Musique depuis 1994 – coordination, car les multiples initiatives viennent essentiellement du terrain et des six millions de pratiquants amateurs en France.

Dans les rues, dans les jardins ou en salles, parfois dans des lieux insolites, se croisent des musiciens, professionnels ou non, et toutes sortes de badauds et de mélomanes. « A cela, on peut ajouter qu’elle rend la musique accessible aux publics dits « empêchés », dans les hôpitaux ou les prisons par exemple », poursuit Sylvie Canal. La manifestation, à laquelle 98% des Français ont participé au moins une fois selon une enquête Sofres, a été créée en 1982 par un trio qui pensait à la démocratisation de la culture : le ministre socialiste Jack Lang, accompagné d’un membre de son cabinet, l’architecte scénographe Christian Dupavillon, et du directeur de la musique, Maurice Fleuret. « Il fallait un événement qui permette de mesurer quelle place occupait la musique dans la vie individuelle et collective. Un mouvement spectaculaire de prise de conscience, un élan spontané pour alerter l’opinion et peut-être aussi… la classe politique. », disait alors Jack Lang.

Miroir de l’évolution des tendances musicales qui changent, la Fête de la Musique évolue. Créée pour encourager les pratiques amateurs, elle a accompagné la politique volontariste menée par Jack Lang afin de soutenir la musique (programme de Zénith, Cafés musique, Loi de 1985, etc. ) et son enseignement. Elle est restée une grande fête populaire où « la musique [est] partout et le concert nulle part ! », selon son fondateur. En trente quatre ans d’existence, elle a continué à mettre les gens dehors à bon escient, brassant classes sociales, générations, nationalités. De la même manière, elle fait cohabiter des segments musicaux qui se fréquentent normalement peu – classique, techno, chorales, hard rock, chanson, jazz, musiques trad … – suscitant ainsi la réflexion des professionnels et des pouvoirs publics.

Ni mercantile, ni marchande

Le succès a failli emporter le concept dans les années 1990 : la Fête de la Musique avait viré à la foire, avec grands podiums et stars chères payées. Or, son ADN indique qu’elle n’est « ni mercantile, ni marchande. Quand l’Adcep en a repris l’organisation, le ministère de la Culture nous a donné pour consigne d’en retrouver la fraîcheur et la spontanéité. Ce qui a été fait, même si certains podiums sont sponsorisés aujourd’hui, précise Sylvie Canal. Mais le cahier des charges est très clair : la Fête de la Musique est celle des musiciens amateurs. Au fil des années, les professionnels se sont joints à eux. Pour 2016, environ deux cents municipalités ont ainsi lancé des appels à participation que nous relayons, afin de monter des concerts d’amateurs, souvent épaulés par un professionnel. C’est idéal ».

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En 2015, environ 18 000 concerts avaient été recensés, dont 1 000 à Paris-Ile de France. 700 villes ont participé à l’événement, relayé dans 118 pays. « New-York en est devenu le fer de lance, grâce à l’action d’un passionné, Aaron Friedman, qui a créé aux Etats-Unis l’association Make Music Day. En Italie, l’édition 2016 va englober une opération singulière à Mantoue, capitale de la culture italienne 2016 : mille artistes en développement, tous genres confondus, sélectionnés par un comité ad-hoc, vont s’y produire. »

Diversité des pratiques

La Fête de la Musique est un tremplin d’importance pour les jeunes artistes. Le ministère de la Culture donne l’exemple, avec son désormais traditionnel concert du Palais Royal, et pour 2016, un programme éclectique avec un ou deux concerts par jour dans le Salon des Maréchaux, à partir du dimanche 19 juin et jusqu’au 24 juin. « Cette année est un peu particulière, explique Sylvie Canal. La ministre Audrey Azoulay a souhaité que la Fête de la Musique se décline sur une semaine entière pour représenter la diversité des pratiques, notamment dans les territoires, et qu’elle s’achève sur le grand concert de Démos le 25 juin à la Philharmonie de Paris. Par ailleurs, avec l’Euro 2016 de football, des villes décalent leurs concerts. Nous avons donc décidé de labelliser Fête de la Musique des manifestations organisées les week-ends d’avant et d’après, si le critère de gratuité est respecté.».

Autre atout : la Fête de la Musique donne l’envie aux grandes chaînes de télévision de présenter des prime-time de variétés. Pour 2016, là aussi le temps va s’étirer. Sur TF1, « La Chanson de l’année fête la musique » sera diffusé en direct des arènes de Nîmes le vendredi 17 juin, avec Nikos Aliagas et une armée de stars. Sur le même format, France 2 diffusera un concert « Fête de la Musique », le 21 juin, depuis la place du Capitole à Toulouse avec Garou à l’animation. La Maison de la Radio a quant à elle choisi de fêter l’événement en classique, avec un grand concert de l’Orchestre Philharmonique de Radio France. L’édition 2016 a adopté un slogan : « la musique est plus forte que… » tout ce qui nous divise.

Véronique Mortaigne