Soutien aux jeunes artistes : des dispositifs en mouvement

Si le chemin des musiciens est semé d’embûches, d’empêchements voire de déceptions, les dispositifs de soutien offrent aussi de belles opportunités dans ce parcours du combattant. Coup de projecteur sur les évolutions de ces programmes d’accompagnement.

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Débuter une carrière dans la musique n’est pas chose aisée. De la production d’une œuvre à son interprétation sur scène, les jalons sont nombreux. Trouver des fonds sans engager trop de frais personnels, et surtout se faire connaître nécessite opiniâtreté et stratégie de communication. Heureusement, des dispositifs existent. Et leur efficacité s’accroit.

L’association Réseau Printemps, et son dispositif les iNOUïS proposent de l’accompagnement, de la formation et de la diffusion scénique, et participent ainsi au développement et à la professionnalisation des projets artistiques en tout début de carrière. Idem pour les Francofolies de La Rochelle avec Le Chantier des Francos, pour le FAIR ou encore pour le Studio des Variétés. Toutes ces structures ont pour objectif d’aider les artistes émergents à développer leurs projets grâce à des leviers divers. Et elles évoluent en proposant de nouveaux axes de développement…

6W7zRgUw_400x400Les iNOUÏS… En attendant le Printemps

Rita Sa Rego dirige et coordonne les iNOUÏS du Printemps de Bourges depuis 2015. Ce réseau unique s’appuie sur 28 antennes territoriales et francophones et plus de 350 professionnels qui, toute l’année, explorent leur territoire pour dénicher des artistes et groupes émergents aux quatre coins de France et de la francophonie. L’engouement pour ce dispositif ne se dément pas. 3500 candidatures sont reçues chaque année. A la fin, seuls 33 élus sont sélectionnés pour se produire pendant le festival. « Même pour les artistes ou les groupes qui ne sont pas retenus, le fait de s’inscrire permet déjà de faire repérer leur projet et/ou de montrer à quel stade de développement ils se situent », confie Rita Sa Rego. Et la formule ne cesse d’évoluer.

Depuis 2014, la tournée des iNOUÏS permet en plus aux derniers lauréats de se produire sur différentes scènes. En 2019, huit partenariats ont été conclus avec des festivals (Festival d’été de Québec, Fnac Live, Festi’Neuch, Les Nuits Botaniques, Musicalarue, MaMA Festival, Weekend des Curiosités et un Été à Bourges) et des résidences organisées pour les artistes. « Nouveauté cette année, nous mettons en place un stage de structuration professionnelle (en collaboration avec le Studio des Variétés) pendant 10 jours au mois de mai à destination des 33 artistes iNOUïS. Nous menons également des actions d’accompagnement en amont du Printemps de Bourges », poursuit Rita Sa Rego. Côté aides financières, les iNOUÏS ne sont pas en reste et proposent également maintenant une bourse appelée En attendant le Printemps de 1000 euros pour chaque artiste / groupe. « Cette bourse leur permet de réaliser et d’imprimer des documents promotionnels pour leur concert à Bourges (EP, affiches, tracts, …) ainsi que de financer une partie de leurs résidences ».

STRI-IT-2019Le Studio des Variétés en mode urbain avec YouTube

Quoi de plus pertinent que de s’associer avec le géant du streaming vidéo pour promouvoir les musiques urbaines ? C’est ce que le Studio des Variétés, structure de formation professionnelle (perfectionnement, accompagnement) dédiée aux artistes, a mis en place cette année en lançant STRI-IT. Dix artistes de musiques urbaines sont sélectionnés par un comité artistique composé de dix personnalités (artistes, média et pro). « Pendant un an, nous les accompagnons lors de sessions de formation, individuelles et collectives, tant dans les domaines artistiques que professionnels », explique Norann Ly, administrateur du Studio des Variétés et coordinateur de STRI-IT.

Sortir de sa « zone de confort »

Tel est aussi l’engagement du Studio auprès des artistes avec les Creative Camp, qui servent à rompre les habitudes de création des artistes en leur permettant de travailler autrement. « Lors de la première session, ils ont créé une œuvre collective avec trois figures de style d’écriture imposées (l’alexandrin, la prose et la punchline). Lors de la deuxième session, nous avons associé les artistes venant de la chanson, de la pop ou du rock pour qu’ils travaillent ensemble sur la reprise d’une chanson. Ils ont tous bénéficié d’un soutien personnalisé par YouTube pour la gestion et le développement de leur chaîne », poursuit Norann Ly, qui précise que les candidatures s’ouvriront dès la deuxième édition aux artistes francophones de Belgique, Suisse et Luxembourg.

7yQX0lus_400x400FAIR valoir

Du côté du FAIR, le premier dispositif national d’accompagnement de projets et de professionnalisation qui dispense conseils et formations ainsi qu’une bourse de 10 000 euros à ses lauréats, on innove également à l’heure des 30 ans d’existence du dispositif. La sélection passe ainsi de quinze artistes en septembre à deux sessions de sept lauréats, l’une en septembre et l’autre en février. Les critères de candidatures évoluent aussi. Au lieu des quinze concerts nécessaires pour postuler, il n’en faut plus que cinq. « Il faut aussi maintenant que le premier titre exploité (en physique ou digital) date de moins de quatre ans (contre 18 titres exploités maximum avant). La bourse passe de 7500 à 10000 euros avec une utilisation toujours plus souple pour les lauréats », explique Julien Soulié, directeur du FAIR depuis 2013.

Le FAIR ne s’arrête pas là et propose aussi des formations théoriques aux artistes, en partenariat avec l’IRMA et Deezer. « L’idée est de permettre aux artistes de vivre ensemble une semaine pour mieux se connaître et échanger », commente Julien Soulié qui détaille également le partenariat transatlantique mis en place l’an dernier, La Traversée, un échange artistique et professionnel entre le Canada et la France. « Nous sommes trois structures à porter ce projet financé en très grande partie par Musicaction : l’école de la chanson de Granby, les Francofolies de Montréal et le FAIR. Nous aimerions développer ce genre de projet d’échange avec d’autres territoires dans le futur ».

Les dispositifs d’aide au développement des artistes sont donc en perpétuel mouvement. S’adapter à l’ère du temps, proposer de nouveaux challenges et monter des partenariats pertinents est le nerf de la guerre pour ces structures, comme le rappelait Emilie Yakich, directrice du Chantier des Francos, qui fêtait ses 20 ans d’existence lors des dernières Francofolies en 2018 : « Depuis deux ans, le Chantier des Francos a développé une approche en recherche et développement afin de pouvoir opérer une veille permanente et anticiper ses contenus, son approche à la réalité des jeunes artistes accompagnés. Ce nouveau principe sera le moteur de notre démarche pour l’avenir ».

Arnaud de Vaubicourt