Sample ! Aux origines du son hip-hop

micletBrice Miclet publie Sample ! Aux origines du hip-hop, un ouvrage qui revient sur la place de cette technique artistique dans le hip-hop d’hier et d’aujourd’hui : le sampling, « une recherche sonore qui s’insère dans une démarche musicale » nous explique-t-il.

Pourquoi écrire un livre sur le sampling en 2018 ?

Parce que le rap occupe dorénavant une place prépondérante dans le quotidien des gens et, si on peut faussement penser que le sampling est une pratique moins développée aujourd’hui dans le hip-hop, elle est en réalité toujours importante. D’une certaine manière, c’est une façon de montrer que le hip-hop évolue et s’inscrit dans une perspective historique qui est forte. Et puis aussi parce qu’il n’y avait rien d’écrit sur le sujet !

Qu’est-ce qu’on découvre à travers cet ouvrage ?

Dans ce livre, il y a deux entrées principales. D’abord, une introduction de 40 pages qui revient sur la place historique du sample dans le hip-hop, sur les débuts du mouvement dans les années 70 et sur l’idée qu’il s’agit d’un genre déjà tourné vers les autres cultures musicales comme en témoigne l’utilisation de samples. Je pars de là pour arriver jusqu’à aujourd’hui, via les différentes évolutions technologiques, les différentes manières de sampler, l’ouverture des beatmakers à d’autres styles que la musique afro-américaine, etc.

Ensuite, j’ai établit une liste de 100 morceaux hip-hop avec leurs samples dont je détaille l’histoire. Ce ne sont pas forcément les 100 samples les plus cultes – il y en a des connus et des moins connus dans la liste -, mais l’idée était de dresser un panorama de ce qui s’est fait de 1979 à 2017, de raconter la patte des producteurs, de certains labels, de certaines techniques liées au sampling hip-hop, etc.

Justement, comment les usages artistiques du sample ont-ils évolué ?

Je distingue 6 ou 7 types de sample dont les différences sont essentiellement techniques. Sur le plan artistique, le phénomène a commencé dans les années 60 et 70 avec les breakbeats issus de musiques afro-américaines, puis on a commencé à sampler du jazz, et finalement cela s’est ouvert à toutes les musiques et même au-delà. Avec le développement de la MAO, on va chercher sur tous les supports sonores aujourd’hui, que ce soit des documentaires, des émissions de radio ou de télévision, etc.

Sample-t-on toujours autant dans le hip-hop ?

La proportion de hip-hop fait à base de samples est moins importante qu’auparavant même si l’on en retrouve toujours dans beaucoup d’albums actuels comme ceux de Kendrick Lamar ou d’Asap Rocky. C’est surtout qu’aujourd’hui, les samples servent moins d’élément principal d’un morceau. Ils sont plus discrets et se contentent d’apporter une couleur musicale.

couv_livre_3088Aujourd’hui, sampler n’est plus réservé au rap. N’avez-vous pas eu envie de faire un pas de côté pour évoquer le sample dans les autres genres musicaux ?

Je voulais faire un livre qui parle du sample dans la culture hip-hop, mais c’est vrai que le sampling a été prépondérant pour les musiques électroniques et la house en particulier. De nos jours, il y a des samples partout, notamment chez les artistes les plus pop comme Lady Gaga, Beyonce ou Madonna, et c’est parce que le hip-hop s’est maintenant imprégné dans beaucoup d’autres musiques, à commencer par la pop.

Ces 40 dernières années, quelles ont été les évolutions des machines et des technologies permettant de sampler ?

Il y a d’abord eu ce qu’on a appelé le sample virtuel, c’est-à-dire la technique du ‘Merry-Go-Round’ de Kool Herc qui consiste à avoir deux fois le même vinyle et de récupérer le breakbeat du morceau à l’infini. Ensuite, dans les années 70, il y avait le phénomène de replay avec Sugarhill Gang ou des groupes comme ça qui rejouaient des échantillons en live. Mais jusque-là, on ne peut pas vraiment parler de sample car il n’y a pas de réutilisation des empreintes sonores.

C’est avec l’arrivée sur le marché des premiers samplers en 1984 qu’on va composer du hip-hop avec des samples. La grosse révolution a lieu avec le micro-sampling de Marley Marl qui arrive à isoler tous les sons d’une batterie à les incorporer dans une boîte à rythmes. Et puis, à partir de 1987, avec la commercialisation de la SP 1200, on entre dans l’ère où les beatmakers et les producteurs hip-hop vont énormément sampler, puis les techniques vont évoluer, le temps d’échantillonnage sera de plus en plus long, jusqu’à ce que la MAO explose et nous entraîne dans l’ère des softwares, plus abordables financièrement comme techniquement.

Idée fausse ou idée vraie : sampler, c’est plus facile que composer ?

Mais le sample, c’est de la composition ! C’est une recherche sonore qui s’insère dans une démarche musicale qui nécessite à la fois une compétence technique et la maîtrise des codes hip-hop.

Alors, peut-être que cela est plus simple que de composer de la musique classique, mais est-ce plus simple que de composer du rock, je n’en suis pas sûr. Les musiciens qui se retrouvent face à un sampler, une platine et des bacs de vinyles ne savent pas nécessairement quoi en faire. Il faut aussi savoir construire un mix, car beaucoup de choses se jouent là, et cela demande une certaine maîtrise.

Le sampling est-il un procédé plus accepté qu’auparavant, ou existe-t-il toujours des procès ?

Ce sont deux choses différentes. D’un côté, il est entré dans les habitudes musicales, et pas uniquement dans le hip-hop justement. D’un autre côté, il y a beaucoup moins de procès car il y a tout simplement moins de cas d’illégalité. Les artistes sont beaucoup plus ‘dans les clous’ au niveau légal. Avant 1991, c’était un peu la loi de la jungle, le grand âge de l’impunité dans le sample hip-hop, et puis il a fallu que le système des samplers clearers (demandes d’autorisation) se mette en place, que les artistes et surtout les maisons de disques prennent l’habitude de cleaner les samples en matière de droit. Aujourd’hui, tout cela est devenu beaucoup plus usuel dans la production d’albums hip-hop.

Un morceau composé à base de samples à conseiller ?

Pour expliquer et se rendre compte de ce que représente le sampling, je conseille d’écouter le morceau The 900 Number de The 45 King. La composition est très simple, avec une seule boucle – un sample de saxophone issu du titre soul Unwind Yourself de Marva Whitney – qui est très peu modifiée. C’est un morceau que les DJ se passaient entre eux et qui symbolise bien ce que représente le sampling hip-hop.


Sample ! Aux origines du son hip-hop, Brice Miclet