Notes de pochette, le label Tricatel en portraits

Pour fêter ses 20 ans, Tricatel publie un livre de portraits. Non pas des artistes qu’il produit, mais de celles et ceux qui, dans l’ombre, font le quotidien du label : parolier(e)s, musiciens, amis, ingénieurs du son, chef de projet, label manager … Écrit par Pierre Jouan, et illustré par Stéphane Manel, c’est à une rencontre avec « une étrange et belle constellation », « un cercle qui ne cesse de s’ouvrir sur lui-même, drainant au passage des personnes rares » que nous convie l’ouvrage. Rencontre avec Bertrand Burgalat, fondateur de Tricatel.

PortraitBurgalat©Serge-LeblonBD
  • Comment est née l’idée de réaliser ce livre ?

Il y a un an, Pierre Jouan avait écrit un beau portrait de Yatta Noel, un de nos paroliers, pour le magazine en ligne Profondeur de champs (« Yatta Noel, l’enfant de cinquante ans »). J’avais trouvé qu’il    était parvenu à exprimer des choses qu’un ami proche du sujet, comme moi, pouvait ressentir depuis longtemps, sans parvenir à les formuler clairement. J’ai donc proposé à Pierre, qui a 20 ans comme Tricatel, de poursuivre l’expérience avec les autres collaborateurs du label.

  • Pourquoi choisir de valoriser les « personnes de l’ombre » plutôt que les artistes ? Est-ce aussi une façon de remercier chacune des personnes ayant participé à l’aventure ?

   Bien sûr. Lorsqu’un disque sort, l’accent est mis sur l’interprète principal et c’est bien normal, même si je veille toujours à ce que tous les participants au projet soient cités de la façon la plus complète possible. Mais ces notes de pochette-là restent très factuelles, elles ne rendent pas compte de la diversité et de la richesse des personnalités. Un label, aussi particulier et subjectif soit-il, est une aventure humaine collective.

  • Peut-on considérer cet ouvrage comme une biographie du label, vue des « coulisses » ?

Oui, c’est un tableau en lumière indirecte. Malgré notre taille modeste nous avons toujours réuni des femmes et des hommes très différents les uns des autres. Ce n’est pas une bande, uniforme, venant du même milieu social ou culturel.

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  • Au travers de ces portraits, l’idée est-elle aussi de mettre en lumière les métiers et les compétences nécessaires au fonctionnement d’un label ?

Exactement. Les auteurs, par exemple, ont été mis particulièrement en avant. Influencé par des éditeurs comme Jacques Wolfsohn ou le travail en équipe de l’époque de Tin Pan Alley ou du Brill Building, j’ai toujours essayé de susciter des rencontres et des chansons dans lesquelles les paroles jouent un grand rôle. C’est par les auteurs que commence le livre, viennent ensuite les musiciens, les ingénieurs et techniciens, label manager, chef de projet, réalisateurs et responsables de l’image. Ce plan suit le processus de création d’une œuvre.

  • Que faut-il pour faire un bon label ?

Il y a beaucoup de façons de faire un label, et la mienne n’est pas forcément à recommander. Je dirais qu’il y a néanmoins deux grandes approches. On peut sortir des disques pour qu’ils aient du succès, en s’adaptant à la demande, quelle que soit celle-ci. C’est une démarche que je m’abstiendrai de critiquer car beaucoup de musiques sublimes ont été produites dans cette optique, même si je n’ai guère de dons en ce domaine. L’autre manière de procéder, c’est d’essayer de faire la musique qu’on aimerait écouter, d’essayer d’exprimer et de diffuser des choses qui n’ont pas été dites ou faites exactement de la même manière précédemment, sortir des albums qui ne verraient pas le jour autrement. C’est très présomptueux et pas toujours suivi d’effets mais la sincérité possède un avantage : on n’échoue jamais complètement lorsqu’on a fait ce qu’on aime vraiment.

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couverturetricJOUAN, Pierre, Notes de pochette, Tricatel en portraits, Tricatel, octobre 2015.
Format : 14 x 19 cm • Pagination : 130 pages • Langue : français

A propos des auteurs : Pierre Jouan a 21 ans. Passé par Sciences-Po, il est titulaire d’une licence de philosophie, il rejoint le Conservatoire National Supérieur d’Art Dramatique. C’est en enregistrant un épisode du Karl Popper’s Show, une émission de radio diffusée sur Radio Campus et Radio Sciences-Po qu’il fait la rencontre de Bertrand Burgalat.

Né en 1971, Stéphane Manel est illustrateur. Il a travaillé pour le milieu de la mode, les magazines (Vogue, The New Yorker, Elle…) et l’édition. Il réalise également de nombreuses pochettes de disques (label Tricatel, Dimitri From Paris, Sébastien Tellier, Michel Houellebecq, ou le groupe Hypnolove), ainsi que de nombreuses couvertures de livres. Depuis 2007, il s’est lancé dans la réalisation de clips vidéos. Il a exposé ses travaux à Paris, Tokyo, New York, Miami, San Francisco ou Amsterdam. Il vit et travaille à Paris.


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