Les exploitations de la musique à l’image

Directeur de Schubert Music Publishing, superviseur musical et producteur exécutif de musique à l’image, Matthieu Chabaud vient de rédiger le premier guide pratique de l’utilisation de la musique pour les formats audiovisuels. En quelques mots, il nous présente l’ouvrage et sa vision de ce secteur à mi-chemin entre musique, cinéma, télévision, publicité et jeu vidéo.

Matthieu Chabaud – (c)Julien Vachon

Comment est né ce projet de guide La Musique à l’image ? Sur quelle expérience s’appuie-t-il ?

Au départ, mon premier métier est celui d’éditeur de musique. En 2007, j’ai commencé à travailler pour de la musique à l’image en devenant co-producteur et coéditeur de la musique du film À l’intérieur[1] composée par François-Eudes Chanfrault qui nous a malheureusement quitté depuis. Allier musique et film de cinéma m’a beaucoup intéressé. Ça a été le déclencheur !

Depuis, j’ai développé mon réseau en film long métrage, en publicité, en jeu vidéo, et j’ai trouvé dans la musique à l’image une voie pour exploiter les œuvres des auteurs que je représente, voire pour développer la carrière de certains d’entre eux qui se sont spécialisés dans cette branche.

arton14674-837bfDe fil en aiguille, je me suis mis à donner des formations professionnelles sur le sujet parce que j’aime partager mes connaissances. Ceux qui viennent se former ont parfois d’autres visions du métier et posent beaucoup de questions, ce qui me permet de confronter ma pratique à d’autres réalités et de faire avancer mon propre propos.

Naturellement, j’ai eu envie d’aller plus loin et d’écrire noir sur blanc ces connaissances accumulées, d’autant qu’aucun livre sur le sujet n’existait ! Il y a bien des ouvrages musicologiques ou historiques sur les musiques de film de cinéma, de publicité ou de jeu vidéo, mais aucun ne traite de l’aspect professionnel et technique.

De quelle manière est abordée la musique à l’image dans ce guide ? À qui est-il destiné ?

Il s’agit d’un ouvrage pour tous ceux qui travaillent dans les secteurs de la musique et de l’image, qu’ils soient éditeurs musicaux, producteurs de films, de publicités, de phonogrammes, compositeurs pour l’image, artistes-interprètes, superviseurs musicaux, etc. Il s’adresse aussi bien à ceux qui connaissent le sujet qu’à ceux qui ont envie de pénétrer ce marché, et il s’applique à tous les « genres images » : film long ou court métrage, documentaire, série, émission de télévision, jeu vidéo, etc. Les captations de concerts et les vidéomusiques sont aussi évoquées même s’ils feront l’objet d’une mise à jour à venir.

Concrètement, au-delà des aspects artistiques et historiques, ce livre aborde les points techniques que sont les contrats de synchronisation, de commande, de cession de droits, d’incorporation à une œuvre audiovisuelle, de production exécutive de musique originale… On y retrouve également la question des usages, du « qui fait quoi » dans la branche, de la gestion collective et de la façon dont les ayants droit récupèrent leurs rémunérations liées au droit d’auteur et aux droits voisins.

Quel regard portez-vous sur l’évolution récente et à venir de la musique à l’image ?

On voit bien que l’image a pris une importance extraordinaire dans le secteur de la musique. Même si on continue à en parler en ces termes, ce n’est plus considéré comme une exploitation secondaire par des producteurs phonographiques qui cherchent souvent à « décrocher une synchro ». Via les clips et YouTube, on voit aussi combien l’image est entièrement intégrée dans les plans de promotion globale autour des artistes. Si bien qu’aujourd’hui, un groupe qui n’aurait pas d’image est un groupe qui n’a pas d’existence. Ce n’est pas aussi simple et ce n’est pas forcément quelque chose que j’approuve, mais c’est clairement l’évolution.

Le revers de la médaille est qu’on baigne dans le fantasme. La musique à l’image est toujours perçue comme un eldorado et un secteur particulièrement lucratif. Mais c’est moins vrai aujourd’hui car le secteur est devenu très concurrentiel, avec de plus en plus d’entrants qui cherchent à exploiter le créneau. Résultat : l’exploitation de 30 secondes de musique en publicité pouvait rapporter trois fois plus il y a quelques années qu’actuellement.

Une autre évolution que j’observe, c’est que dès qu’il y a de l’image, on cherche à y ajouter de la musique. Même sur des séquences courtes de quelques secondes, on va ajouter des lignes musicales, une harmonie ou une mélodie, ce qui fait qu’il y a de plus en plus de musique partout, ce qui est très positif. C’est également vrai pour le jeu vidéo et les applications sur smartphone, où en plus du design sonore, on ajoute de la musique préexistante ou de commande de grande qualité.

Quels sont les enjeux à venir pour l’exploitation de musique à l’image ?

L’enjeu est essentiellement économique. On se retrouve face à des entreprises utilisatrices qui ne veulent plus payer la musique, ou tout du moins qui le laissent entendre. Je pense à certaines libraires musicales américaines ou scandinaves qui proposent de « nouveaux modèles » laissant croire que la musique est libre de droit sans tenir compte ni des créateurs ni de ceux qui les développent.

Aujourd’hui, le danger est là. Il faut arriver à préserver ces secteurs en rémunérant les ayants droit et ceux qui travaillent dans cet écosystème, la tendance actuelle proposant des tarifs relativement bas. Il faut aussi que les organismes de gestion collective passent des accords avec les nouveaux utilisateurs de musique. C’est dans ce domaine qu’il faut être fort pour préserver la création et sa qualité.


arton14674-837bfMatthieu Chabaud, La Musique à l’image
Éditeur : Irma éditions • Édition : juin 2017 •
Pagination : 272 pages • Langue : français
Prix : 30€


 [1] Un film de Julien Maury et Alexandre Bustillo.