La production française au Top

Une lecture attentive des classements des meilleures ventes d’albums de l’année écoulée montre une production française d’une grande vitalité, foisonnante et diverse, et met en lumière la place grandissante prise par un rap français vibrant en phase avec une pratique du streaming elle-même en pleine amplification. 

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L’année 2017 aura consacré un raz-de-marée sans précédent du rap français sur le marché de la musique enregistrée en France, tel que mesuré par le Top Albums. Ainsi, près de la moitié des 100 premiers albums de l’année sont des albums de rap, une proportion en forte croissance par rapport aux deux années précédentes, et dont la quasi-totalité est constituée de productions françaises.

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Dans ce palmarès, figurent de nombreux artistes en début de carrière (premier ou deuxième album)  tels les PNL, Niska, Damso, MHD, Sofiane, Vald, Naps, Djadja et Dinaz… Ils côtoient des rappeurs confirmés (Jul, Nekfeu, Booba, Maître Gims, Black M) et des figures historiques (IAM, MC Solaar).

La particularité de ce genre tient à son mode de consommation, un marqueur différenciateur très fort par rapport aux autres courants musicaux. Là où, les 200 premiers albums, tous genres confondus, sont en moyenne portés pour moitié par les achats physique et les téléchargements et pour moitié par les écoutes en streaming, les albums de rap, eux, sont fortement et avant tout écoutés en streaming, et massivement.

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Ceci explique en partie la croissance de la proportion de rap dans le Top Albums observée ces deux dernières années, la composante streaming ayant été incorporée à ce classement début 2016. Il reste que ce phénomène est bien français, nos voisins britanniques ayant eux aussi agrégé les données du streaming dans leurs classements, selon une méthode assez similaire, sans constater le même effet.

La prise en compte du streaming a donc mis en lumière un engouement pour le rap qui, autrement, serait passé sous les radars. Pour autant cet engouement est loin d’être grand public car la notoriété des artistes qui le défendent est très faible, voire inexistante, sauf notamment pour ceux parmi eux qui se sont positionnés sur un segment rap-variétés, tels que Maître Gims ou Soprano.

Dans l’Économie de la Production Musicale 2017, les chiffres étayent la surreprésentation de la tranche d’âge des 15-29 ans dans la pratique du streaming : si elle ne constitue que 22% de la population française, cette classe d’âge regroupe 33% des streamers de l’Hexagone. À l’inverse, les plus de 50 ans, qui constituent 40% de la population, ne rassemblent que 25% des streamers. Et c’est bien cette distorsion-ci qu’on retrouve dans la composition constatée du Top Albums : les fans de rap sont essentiellement jeunes et streament plus intensément que la moyenne nationale (9h34 de moyenne hebdomadaire contre 8h20).

C’est donc un remarquable alignement des planètes qui s’est opéré ici entre un genre musical, une tranche d’âge et un mode de consommation, et qui a amplifié, à la manière d’une caisse de résonance, le rayonnement de ce qui, autrement, aurait été qualifié de niche.

Et cela a permis de mettre en lumière un rap d’une surprenante et prolifique multiplicité, bien au-delà du poncif monolithique du « rap de banlieue », où l’on voit émerger de foisonnantes variations autour du même thème, poussant la créativité jusqu’à un rap-chanson française tel qu’imaginé par  Eddy de Pretto ou encore Lomepal.

Du rap, mais pas que…

Rap mis à part, dans les gros succès de l’année qui vient de s’écouler, le Top Albums a confirmé la stature de Vianney et de Louane, dont les deuxièmes albums ont fait mouche, l’émergence de Claudio Capéo et de Slimane, le succès renouvelé de Calogero, de Florent Pagny ou d’Indochine, le cross-over vers le grand public de Bigflo et Oli et la persistance des vétérans Michel Sardou et Johnny Hallyday. En somme, un large spectre d’artistes qui couvrent, en cumulé, toutes les tranches d’âges. La variété française confirme sa place centrale dans le cœur du public tricolore. Et s’enrichit des univers de nouveaux venus tels que Gauvain Sers, Juliette Armanet ou les Arcadian, aux premiers albums remarqués.

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La dance/électro française n’est pas en reste. Layers, le premier album du toulonnais Kungs, sorti en 2016, a maintenu sa popularité en 2017, tant et si bien qu’un deuxième titre de l’album a fini par décrocher un Disque de Diamant pour plus 35 millions d’équivalents-streams, I Feel So Bad. Les parisiens d’Ofenbach, eux, n’ont pas encore publié leur premier album, mais viennent de rafler coup sur coup deux Singles de Diamant pour Be Mine et Katchi, leurs deux premiers titres ! Autant dire que la suite pour eux se présente sous les meilleurs auspices. Ce qui est aussi le cas pour Tibz qui a brillé dans le Top de l’Airplay général de l’année 2017, grâce au titre Nation, titre français le plus diffusé de l’année.

Et même sur le segment « enfant », la production française s’est montrée bien présente et a confirmé le succès des Kids United, qui parviennent à se classer à 4 reprises dans le Top Albums de l’année, avec leur premier et leur deuxième albums, leur coffret et leur live !

Ainsi, les divers classements de ventes et d’Airplay de l’année écoulée mettent clairement en avant  une production française d’une vibrante vitalité, répercutée dans toutes ses formes d’expression et bien ancrée dans une époque pourtant secouée de nombreux bouleversements technologiques.

Elia Habib