La musique, laboratoire d’innovation

Depuis quelques années, la musique et la mutation de ses modèles économiques sont entrées de plain-pied dans le monde de l’innovation. Ainsi, plus de 300 startups françaises travaillent actuellement à diversifier et à renouveler les usages de la musique. Tour d’horizon des nouvelles possibilités offertes par ces services.

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Savez-vous qu’aujourd’hui on peut jouer de la musique avec une simple balle connectée en main ? Ou faire animer une soirée par un DJ à distance ? Ou encore devenir son propre ingénieur du son pendant un concert ?
Loin d’être futuristes, ces solutions existent et sont d’ores et déjà opérationnelles, développées et proposées par de jeunes entrepreneurs. Rien ne dit qu’elles perdureront, qu’elles rencontreront un engouement suffisamment massif pour s’inscrire économiquement sur la durée… Mais, qu’on le sache, elles existent et sont à l’aube d’éventuels usages en devenir.

Contenus et promotion des contenus

Ces solutions innovantes opèrent dans tous les secteurs de la musique, à commencer celui des contenus enregistrés. Les plateformes de streaming, qui se sont imposées comme le premier moteur de la consommation musicale en quelques années (46% du marché au 1er semestre 2017 en France), sont devenues des partenaires de choix pour les startups permettant d’éditorialiser ces contenus (notamment Music Story et Soundsgood, ou les services des majors Digster et Filtr) ou de développer des systèmes de recommandation et de playlist par algorithmes (Simbals, Musimap, ou Niland récemment racheté par Spotify).

Pour promouvoir ces catalogues en ligne, plusieurs initiatives visent à renforcer le lien entre les artistes et leurs fans, comme le propose Soundbirth qui optimise cette relation « Direct to fan » grâce à un système de notification push dédié au monde de la musique. Pour Maxime Marmoz qui a conçu le projet, « le profil d’un artiste sur SoundBirth devient sa meilleure boîte à outils digitale possible, le but étant qu’un fan accède en un click à tout son univers directement depuis son smartphone. »

Contribuer au développement du live

Le spectacle n’est pas en reste. Un ensemble de solutions favorisent l’accès aux concerts par des recommandations personnalisées associées à des billetteries en ligne (BandsInTown, Songkick, Shotgun, Night4us, Wyker). Pour favoriser le remplissage des salles de concerts (où, en moyenne, près de 40% des places ne sont pas vendues), Delight s’apprête à lancer d’ici un mois une plateforme de gestion de données à même d’améliorer le ciblage des spectateurs. Enfin, il est aujourd’hui possible à Paris de souscrire à un service d’abonnement à 30€ par mois permettant d’assister chaque soir à un spectacle du catalogue de la jeune entreprise GuestMe. Un de ses cofondateurs, Guillaume Lalu, nous en explique le principe : « À nos yeux, ce format d’abonnement est la manière rêvée de faire découvrir à un public curieux et exigeant les artistes qu’il aime, mais également des artistes qu’il n’aurait probablement jamais été voir. En marge d’un choix de programmation sélectif et exigeant, notre algorithme suggère à chacun l’événement le plus adapté sur la base de ses usages musicaux (Deezer, Spotify, Facebook…). Notre promesse est simple : mettre le bon spectateur devant le bon artiste ! »

« L’expérience spectateur »

L’expérience du spectateur est également au cœur des innovations actuelles. Augmented Acoustics a ainsi conçu Supralive, une solution qui permet de moduler le son pour soi-même : « Nous offrons au spectateur la possibilité de vivre le concert d’une manière totalement inédite. Non seulement l’écoute se fait au travers d’un casque pour une expérience immersive unique et en son HD provenant directement de la console façade, mais le spectateur peut également jouer à être son propre ingénieur du son en temps réel » nous indique Stéphanie Plasse, CEO d’Augmented Acoustics, qui précise que l’application mobile permet aussi aux personnes malentendantes de mieux profiter du concert grâce aux fonctions d’égalisation, de réglage de volume et de balance.

Enfin, le spectacle peut également se délocaliser chez soi, par exemple avec Cercle qui diffuse en Facebook Live un concert tous les lundis soir, ou avec Soondy, ​plateforme de mix personnalisé à distance qui permet de booker un DJ pour une soirée. « D’un côté, le DJ joue de chez lui en streaming live vidéo, explique la fondatrice Monika Maho, d’un autre le spectateur bénéficie des conditions réelles d’un mix, mais à distance, avec également un chat lui permettant de communiquer avec le DJ. »

Composer et jouer

Apprendre à jouer de la musique se fait aujourd’hui en ligne. Par exemple avec le MOOC de Meludia, service français pour lequel les États de Malte et d’Estonie ont souscrit pour tous leurs habitants !
Même les masterclass se pratiquent dorénavant à distance. Ainsi, les élèves d’iMusic School peuvent suivre un cours de guitare avec Maxime Le Forestier, Rose ou Keziah Jones, de piano avec André Manoukian, ou de batterie avec André Cecarelli.

L’innovation touche également le monde des instruments de musique, modifiant la facture par l’apport de l’électronique ou du digital. Ainsi, le 3dVarius est un violon électrique créé à partir d’une impression 3D, tout comme les becs de saxophone imprimés sur mesure par Syos. Du côté des objets connectés, Phonotonic en a conçu un (sous la forme d’une balle hexagonale) qui, par le truchement d’une connexion bluetooth et de technologies dites de machine learning, transforme les mouvements en musique, le tout en temps réel. Autre exemple : MWM a développé MixFader, un crossfader connecté pour applications mobiles qui a dépassé le seuil des 110 millions de téléchargement dans 182 pays.

Plus de 300 startups en France travaillent en lien avec la musique

La particularité de toutes les startups évoquées ici est qu’elles sont toutes françaises, et ce ne sont que quelques exemples. Dans l’enquête Startups de la musique publiée en juin 2016 par l’Irma, l’organisme en référençait 250. Depuis, leur nombre ne cesse de croitre et la version 2017 de cette enquête (en cours d’élaboration) identifie 365 startups de la musique en France actuellement. La restitution des résultats aura lieu à la convention professionnelle MaMA le 20 octobre.

Fathia Millet