Diversité musicale dans les médias : comprendre les enjeux

Après la remise du rapport Bordes.

La radio et la télévision restent les principaux médias prescripteurs en matière musicale, grâce auxquels une majorité de Français découvre de nouvelles musiques ou de nouveaux artistes. Mais c’est sur une minorité de chansons et d’artistes que se concentrent l’essentiel des diffusions en radio, et il y a de moins en moins d’émissions de musique à la télévision. Une situation qui ne favorise pas la diversité musicale, ni la production francophone.

La radio et la télévision, médias prescripteurs

Selon des études menées pour la Sacem, c’est à la radio que 70 % des Français disent découvrir de nouvelles chansons ou de nouveaux artistes[1]. La télévision est leur deuxième source de découverte (elle l’est pour 58 % des Français). Et si neuf Français sur dix déclarent se tenir régulièrement informés de l’actualité musicale, c’est le plus souvent en écoutant la radio (pour 59 % d’entre eux) ou en regardant la télévision (46 %).

« Les médias traditionnels jouent encore un rôle de prescription musicale important malgré le développement d’Internet », observe Christophe Waignier, le directeur des Ressources et de la Stratégie à la Sacem. Dans ce contexte, les chansons qui ne rentrent pas « en playlist » radio, ou les artistes qui ne passent pas à la télévision, ont peu de chance de toucher un large public.

Des quotas de chansons francophones

Afin que la production francophone ne soit pas écrasée par l’afflux de musiques anglo-saxonnes sur les ondes hertziennes avec l’explosion des radios libres, au milieu des années 80, des quotas de chansons francophones ont été imposés aux diffuseurs par le législateur. L’enjeu était de soutenir la production musicale locale et de lui garantir une exposition suffisante sur les ondes. Ces quotas ont obligé les radios à diffuser 40 % de musique francophone sur leur antenne.

« En France, on peut écouter toutes les musiques du monde et en même temps, les quotas ont permis de sauver la chanson française avec, à la clé, un effet économique évident : la France est aujourd’hui le seul pays d’Europe où la majorité de la musique diffusée ou produite est nationale. En termes de revenus à l’export, l’industrie de la musique dépasse même celle du cinéma, notamment grâce à l’électro », indique le directeur de la Sacem Jean-Noël Tronc.

Moins de diversité sur les ondes et à l’antenne

Mais aujourd’hui, il y a de moins en moins de titres et d’artistes différents diffusés sur les radios musicales qui réalisent les plus fortes audiences, et de moins en moins d’émissions musicales programmées à la télévision, ce qui réduit d’autant les chances, pour le grand public, de découvrir de nouvelles musiques ou de nouveaux talents. En radio, la production francophone souffre plus particulièrement de cette situation.

Sur 16 000 titres chantés en français et produits en France chaque année, indique le SNEP (Syndicat national des producteurs de phonogrammes)[2], à peine 1000 sont envoyés aux radios, et une cinquantaine représentent à eux seuls 50% des diffusions de nouveautés francophones. Cette concentration des titres francophones diffusés à la radio est encore plus extrême sur les réseaux dits « jeunes » (NRJ, Skyrock, Fun radio…) : « Les réseaux jeunes concentrent les 2/3 de leurs diffusions de nouveautés sur 10 titres », souligne Guillaume Leblanc, directeur du SNEP. Et ces dix titres concentrent 65 % des diffusions francophones.

Les artistes francophones sous-exposés

En 2013, moins d’une nouveauté sur cinq diffusée en radio était francophone, et de moins en moins d’artistes francophones parviennent à se classer dans le top 100 des diffusions, qui comptait 33 % d’artistes francophones en 2013, contre 42 % en 2007.

Le rapport de Jean-Marc Bordes sur « L’exposition de la musique dans les médias »[3], remis en mars  à la ministre de la Culture et de la Communication Aurélie Filippetti, fait le même constat alarmant[4]. La situation est aggravée par le fait que, afin de respecter leurs obligations de quotas, certaines radios diffusent un grand nombre de titres francophones sur des créneaux horaires de faible écoute, en pleine nuit ou très tôt le dimanche matin.

Des mesures pour renforcer la diversité en radio

Alors que certaines radios estiment que les quotas qui leur sont imposés pour exposer la création hexagonale sont obsolètes, le rapport Bordes souligne au contraire leur importance et préconise de  « maintenir le seuil minimum de diffusion de chansons d’expression originale française pour continuer à défendre la langue française ». Il propose également de « soutenir les auteurs et paroliers en langue française par une aide au développement et à l’écriture, financée par une contribution des radios musicales, perçue par les éditeurs ».

Enfin, afin d’empêcher la trop forte concentration des diffusions pratiquée par certaines radios musicales, le rapport Bordes propose par ailleurs de mettre en place un système de malus. Si le Top 10 de la radio dépasse 50 % des diffusions, ce malus viendrait  diminuer le nombre de diffusions francophones du mois pris en compte pour l’application des quotas.

La télévision mise à l’index

Le rapporteur se soucie par ailleurs de l’exposition de la musique à la télévision, qui n’a cessé de diminuer ces dernières années. Selon un pointage réalisé par l’association TPLM,  les chaînes généralistes (TF1, France 2, France 3 ou Canal +) ne consacrent que 1,3 % de leur temps d’antenne à la diffusion de concerts, d’émissions musicales ou de clips. Le volume de chansons diffusées sur les chaînes hertziennes a baissé de 32 % en moyenne entre 2000 et 2008. Et il est en chute libre à la télévision publique, avec une baisse de 60 % sur France2 et de 46 % sur France3.

C’est pourquoi le rapport Bordes demande notamment d’insérer dans le cahier des charges de France Télévisions, dont l’orientation musicale a déjà été renforcée ces derniers mois, une obligation de diffuser nationalement sur les antennes du service public (sur France2, France3 ou France5), au moins une émission musicale par semaine aux heures de grande écoute (20h-23h).


[1]    Sondage Les Français et la musique réalisé par Opinion Way pour la Sacem en 2011

[3]    L’exposition de la musique dans les médias, rapport à la ministre de la Culture et de la Communication

[4]    Le rapport cite une étude de la société Yacast d’octobre 2013 : cette étude montre pour les grands réseaux de radios musicales l’extrême concentration des titres :

- Pour NRJ : 74,3 % de la programmation francophone est faite avec 10 titres.

- Pour Skyrock : 67,3 % de la programmation francophone est faite avec 10 titres.

- Pour Fun Radio : 64,0 % de la programmation francophone est faite avec 10 titres.

- Pour Virgin Radio : 52,7% de la programmation francophone est faite avec 10 titres.

L’analyse du Top 50 est encore plus resserrée puisque les 4 stations sont toutes entre 94% et 99% des diffusions francophones avec 50 titres.

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