L’industrie de la musique enregistrée en chiffres en 2014

La Fédération internationale de l’industrie phonographique (IFPI) vient de publier son rapport annuel Recording Industry In Numbers, sur le marché mondial de la musique enregistré en 2014. Globalement, les revenus des labels et maisons de disques sont très légèrement en retrait sur l’ensemble de l’année (- 0,4 %), à 14,9 milliards de dollars. Mais les évolutions sont très contrastées d’un territoire à l’autre. Résumé des grandes tendances.

Une évolution des ventes contrastée

Avec une part du numérique de 71 % dans ses revenus, les États-Unis ont terminé l’année sur une croissance du marché de la musique enregistrée de 2,1 % en valeur. La hausse du numérique (+ 5,9 % en valeur, + 29,5 % pour le streaming) a compensé la baisse des ventes physiques (- 7,2 %). L’Allemagne réalise des performances similaires (+ 1,9 % en valeur), mais avec une part du marché physique de 70 %. C’est néanmoins une forte hausse du numérique (+ 77 %), et notamment du streaming (+ 87 %), qui est venue compenser le léger tassement des ventes physiques outre-Rhin (- 1,5 %).

La France (- 3,4 %) et le Royaume Uni (- 2,8 %) s’affichent en recul sur l’année 2014, de même que le Japon (- 5,5 %). Hors Japon, deuxième marché mondial de la musique enregistrée derrière les États-Unis, le marché global a très légèrement progressé en 2014. L’Espagne (+ 15,2 %) et la Corée du Sud (+ 19,2 %) ont connu les plus fortes progressions des 20 premiers marchés mondiaux. L’Australie (- 6,8 %) et le Canada (- 11 %) font figure de mauvais élèves, aux côtés de l’Inde (-10 %).

Le numérique pèse la moitié des ventes au niveau mondial

Hors droits d’exécution publique (radio, télévision, lieux sonorisés) et revenus de la synchro (musique à l’image, dans la pub, le cinéma), le numérique a pesé la moitié du chiffre d’affaires du secteur discographique en 2014. Mais malgré un revenu de 6,85 milliards de dollars, en hausse de près de 7 % sur un an, il ne parvient toujours pas à compenser une baisse des ventes physiques de plus de 8%.

Les ventes physiques ont rapporté une trentaine de millions de dollars de moins que le numérique l’an dernier, contre 1 milliard de dollars de plus en 2013. La hausse des droits d’exécution publique (+ 8,3 %) et celle des revenus de la synchro (+ 8,4 %), ont amorti le choc. Ils ont rapporté ensemble quelques 100 millions de dollars de plus en 2014. La baisse du marché physique a été de 600 millions de dollars sur un an, et la hausse du marché numérique de 440 millions. Le solde est négatif d’environ 60 millions de dollars pour l’ensemble du marché.

La part de marché du numérique peut être très variable d’un pays à l’autre. Elle est par exemple de 71 % aux États-Unis, contre 27 % en France ; et de de plus de 70 % en Suède ou en Norvège, contre 22 % en Allemagne. Sur les 20 premiers marchés mondiaux, neuf pays affichent une part du numérique supérieure à celle des ventes physiques dans les revenus de la filière.

Le streaming pèse un tiers du marché numérique

Signe que les usages vont beaucoup plus vers l’accès aujourd’hui et délaissent la possession, la progression des revenus du streaming, en hausse de près de 40 % sur un an, à 2,2 milliards de dollars, a pour corollaire une baisse de ceux du téléchargement de 8 % en valeur, aussi importante en proportion que celle du marché physique.

Le marché du streaming a pesé 619 millions de dollars de plus en 2014, et celui du téléchargement 305 millions de dollars en moins. Le streaming représente désormais 32 % du marché numérique au niveau mondial, contre 52 % pour le téléchargement. Ses revenus étaient néanmoins supérieurs à ceux du téléchargement dans 37 pays en 2014, contre 11 pays en 2013. La France, le Canada, la Colombie, l’Indonésie, le Mexique… appartiennent  désormais à ce club. La France est le seul des cinq plus gros marché à être dans ce cas.

La progression du streaming a été supérieure à celle enregistrée au niveau mondial dans de nombreux pays : en Australie (+ 166 %), en Italie (+ 80 %), au Japon (+ 156 %), en Allemagne (+ 87 %) ou au Royaume Uni (+ 58%).

Les ventes physiques représentent encore une proportion importante des revenus de la filière phonographique dans une certain nombre de pays : en Autriche (65 %), en France (57 %), en Allemagne (70 %), au Japon (78 %), en Pologne (71 %) ou en Afrique du Sud (62 %). Même s’il ne pèse que 2 % des revenus de la filière, la résurgence du vinyle participe de cette résistance du format physique. Il s’en est vendu 23 millions d’unités en 2014, contre à peine 3 millions en 2006.

Tectonique continentale

C’est en Amérique Latine que le marché de la musique enregistrée connaît sa plus forte croissance aujourd’hui (+ 7,3 % en valeur en 2014, + 32 % pour le numérique). Au global, le sous-continent ne représente que 4 % du marché mondial en valeur. Mais presque tous les pays y enregistrent une croissance des ventes de musique, à l’instar de l’Argentine -(+ 29 %), du Brésil (+ 2 %), du Chili (+13 %), de la Colombie (+ 44,5 %), et à l’exception notable du Mexique (- 1,4 %), premier marché local.

En Europe, le marché de la musique est resté stable en 2014 (-0,2 % en valeur). Les ventes physiques représentent encore 51 % du marché, contre 35 % pour le numérique. Les droits d’exécution publique (12 % des revenus) pèsent deux fois plus qu’au niveau mondial. Les revenus de l’abonnement ont progressé de 33,4 % en 2014 et ceux du streaming gratuit financé par la publicité de 46 %.

Le nouveau mode de calcul du poids du marché américain par l’IFPI intègre les revenus de la radio interactive (Pandora, iHeartRadio) et par satellite (Sirius XM) dans ceux du numérique. C’est l’un des leviers de leur progression en 2014 (+ 6 %), aux côtés de la croissance du streaming (+ 33,5 % pour l’abonnement, + 21,4 % pour le streaming gratuit) et malgré un recul du téléchargement (- 7,1 %). Cette hausse de ventes numériques (71 % du marché américain en 2014) a compensé la baisse des ventes physiques (- 7,2 %). Le Canada – qui conjugue une baisse du téléchargement (- 7,7 %), une chute toujours aussi marquée des ventes physiques (- 20,8 %), et une très faible croissance du streaming sur abonnement (+ 3,2 %) – affiche une baisse des revenus de la filière de 11,3 %.

L’évolution du marché asiatique reste très marquée par le poids du Japon, qui pèse près de 80 % du marché continental de la musique enregistrée. Avec un marché japonais en basse de 5,5 %, le marché asiatique s’affiche en recul de 3,6 % en 2014. Mais hors Japon, il progresse de 3,9 %. La baisse du principal marché de la région est beaucoup moins marquée qu’en 2013. Le Japon enregistre par ailleurs une très forte progression du streaming (+ 156,6 %), même si ce marché est à peine émergent au Pays du Soleil levant. Ailleurs en Asie, la croissance du streaming sur abonnement a été de 33,3 %.

Consulter également le Rapport du SNEPLe numérique à jeu égal avec le physique dans les revenus mondiaux de la musique enregistrée.