J.-C. Bourgeois (TPLM) : « La filière s’apprête à vivre une année clé »

À l’occasion du Before des Victoires de la Musique organisé par Tous Pour La Musique (TPLM), Jean-Christophe Bourgeois, président de TPLM, a présenté les enjeux majeurs et à venir pour la filière musicale : naissance du CNM, export, réforme de l’audiovisuel, scrutin municipal, place de l’EAC, et préoccupations sur le régime des retraites.

Retrouvez ici l’intégralité du discours de Jean-Christophe Bourgeois du 14 février 2020 :

« Monsieur le Ministre,
Mesdames et Messieurs les Parlementaires,
Monsieur le Président des Victoires de la musique, Cher Romain Vivien
Monsieur le Président du CNM,
Chers Consœurs, Chers Confrères et Amis,

Je suis très heureux de vous réunir ce soir à l’occasion de cette 35ème édition des Victoires de la Musique et de vous accueillir au nom de Tous Pour la Musique, association forte de 29 organisations membres, représentative de tous les métiers et de toutes les esthétiques de la filière musicale, et qui constitue un lieu d’échange, de débat et d’intelligence collective.

La musique est le loisir culturel préféré des Français, devant la lecture ou le cinéma. Elle est partout dans nos vies quotidiennes, nous rassemble : elle est par excellence l’art de la cohésion sociale.

Cette cérémonie sera l’occasion de constater une nouvelle fois la créativité de la scène musicale française. Elle est à ce titre un témoignage exemplaire de la résilience de la filière, qui a montré sa capacité à rebondir après des années de crise d’une rare violence. Attractive, conquérante, portée par le dynamisme et le goût pour l’innovation de ses membres, la filière musicale représente aujourd’hui une industrie majeure dont l’économie compte pour notre pays, avec plus de 256.000 emplois, souvent non délocalisables, selon la récente étude réalisée par le cabinet EY sur les industries culturelles et créatives.

Cette filière passionnée, toujours mobilisée, s’apprête à vivre une année clé.

Elle a commencé avec la naissance du Centre national de la musique (CNM), début janvier.
Il s’agit d’un moment historique, une impulsion positive de la part des pouvoirs publics qui doit nous permettre de bénéficier, à l’instar du Cinéma et du Livre, de perspectives de développement et de financements nouveaux, donnant enfin à la musique toute la place qui lui revient au cœur des politiques culturelles, en complément de l’action essentielle de l’Etat et des collectivités territoriales.

Tous pour la musique se réjouit de la création du CNM, et entend jouer pleinement son rôle à ses côtés, celui de porte-voix des métiers de la musique, de leur diversité artistique et économique. Notre association suivra avec attention et exigence les actions menées, et contribuera aux réflexions, afin que le CNM propose une véritable stratégie industrielle et culturelle en phase avec les attentes des professionnels, appuyée par les moyens nouveaux promis par Monsieur le Ministre et nourrie d’une capacité d’étude renforcée.

Cette stratégie passe aussi nécessairement par la défense et le développement des dispositifs qui ont fait leur preuve et contribué à son dynamisme.

En premier lieu, les crédits d’impôts en faveur de la production phonographique et pour le spectacle vivant doivent être sécurisés et renforcés. Nous attendons qu’ils soient complétés à court ou moyen terme par un crédit d’impôt en faveur de l’édition musicale.

Je pense également aux dispositions législatives qui encadrent le mécénat, dont le rôle est devenu indispensable pour certaines esthétiques et qu’il faut absolument protéger.

L’export, outil d’influence et accélérateur de croissance pour de nombreuses entreprises du secteur, doit également être au centre de notre ambition commune.
Notre succès en la matière est déjà bien réel, avec plus de 5500 concerts exportés par les producteurs de spectacle français en 2019, et un doublement d’une année sur l’autre des certifications à l’export de nos productions phonographiques – auxquels il faut ajouter les 82 millions d’euros générés par le répertoire SACEM à l’international.

Mais nous sommes encore loin de réaliser le plein potentiel de nos artistes et des entreprises qui les accompagnent. Pour ce faire le Bureau Export doit bénéficier de garanties du CNM et de soutiens financiers à la hauteur des enjeux.

Le CNM peut et doit être cet acteur central capable à la fois de mobiliser les ressources diplomatiques et l’appui du ministère de l’Europe et des Affaires Etrangères en soutien à l’export de la musique française. Le tout au service de toutes les esthétiques, y compris la musique classique, la musique de création contemporaine et le jazz qui doivent retrouver leur pleine visibilité à travers le monde.

Autre grand chantier de ce début d’année 2020, la réforme de l’audiovisuel figure au centre de nos préoccupations.

Elle touche au cœur de notre économie, à notre si chère exception culturelle et nous serons vigilants sur tous les sujets parmi lesquels :
La place de la musique à la télévision bien-sûr, et dans les médias de service public dans leur ensemble. Nous espérons ainsi que le gouvernement reviendra sur l’arrêt programmé de la diffusion hertzienne des chaines France 4 et France O, qui sont à la fois des vecteurs de diversité mais aussi d’exposition de la musique à la télévision.
Nous veillerons également à la défense des quotas radio, qui ne cessent de prouver leur efficacité : 1042 titres francophones supplémentaires entrés en playlist sur les 34 principales radios en 2018.

2020 s’annonce donc une année clé pour la musique sur fond de scrutin municipal dont l’issue pourrait aussi avoir un impact sur nos métiers, nos projets, notre vie culturelle.

Formons le vœu que les dernières semaines de campagne offrent aux candidats l’occasion de s’exprimer plus clairement sur la place de la Culture dans leur programme, et en particulier sur l’impulsion qu’ils entendent donner à la musique, de sa place dans les lieux pluridisciplinaires jusqu’aux moyens déployés pour favoriser la pratique instrumentale, alors que se pose le problème de la sélection par tirage au sort pour l’entrée au conservatoire. Une disposition qui joue en notre défaveur lorsque par exemple en Suède – une référence en terme d’export de la musique – près de 35% des enfants sont inscrits dans des conservatoires quand nous en comptons à peine 5%.

Cette dernière problématique rejoint une conviction forte portée par TPLM, celle de la nécessité de mobiliser en faveur de l’Education Artistique et Culturelle (EAC).
L’association investit ainsi à sa mesure via le programme Musique Prim et nos accords avec Génération Numérique, tandis que chacun de nos membres porte un grand nombre d’actions sur le terrain.

Nous sommes par ailleurs satisfaits que la première des 13 propositions formulées par TPLM en 2017, celle de voir créer un orchestre ou une chorale dans chaque école, se soit matérialisée à travers le Plan Chorale du Ministre de l’Education nationale et de la Jeunesse, Jean Michel Blanquer.

Il faut aller plus loin dans cette direction, alors que nous savons aujourd’hui scientifiquement l’importance de la pratique musicale pour le bien-être et le développement cognitif des individus. Ce n’est pas un hasard si le classement PISA sur le suivi des acquis des élèves met en valeur des pays comme Singapour, où plus de 80% des enfants jouent d’un instrument, ou l’Estonie qui a mis en place un plan « un instrument pour chaque enfant ».

Vous l’aurez compris, les préoccupations de TPLM ne se limitent pas au volet économique du secteur, notre association veut aussi afficher son soutien aux préoccupations sociales des acteurs de la filière.

Parmi eux les auteurs et compositeurs, ces « impensés des politiques publiques » pour reprendre les mots utilisés par Monsieur le Ministre, qui voient aujourd’hui le financement d’une partie de leur retraite menacée de disparaitre ou pris sur le budget déjà insuffisant du ministère de la Culture. Au-delà des seuls auteurs, l’enjeu des retraites reste un point de vigilance majeur pour les interprètes et les entreprises qui les accompagnent, comme pour l’ensemble des professions de notre secteur.

Responsable et engagée, notre filière entend également œuvrer au respect de la diversité, et promouvoir l’égalité femmes-hommes. TPLM sera au cœur de ce combat et je me réjouis d’annoncer que le Collectif pour l’Egalité Hommes-femmes dans la Musique et le Spectacle rejoindra les rangs de TPLM en constituant en son sein un groupe de travail dédié.

Monsieur le Ministre, Mesdames et Messieurs les parlementaires, Monsieur le président du CNM, chers amis, les Victoires de la musique sont un rendez-vous incontournable de la filière musicale. Elles sont bien sûr l’objet d’une coopération heureuse entre la filière et le service public – Radio France comme France Télévision – mais surtout une occasion rare pour de nombreux artistes de rencontrer leur public en prime time.
Les succès des artistes qui seront sur scène ce soir nous donnent également l’opportunité de célébrer le travail de l’ombre de multiples métiers (auteurs, compositeurs, musiciens, managers, tourneurs, producteurs, éditeurs…). A tous, je tiens à rendre hommage pour la vitalité qu’ils apportent à notre secteur.

Maintenant place aux Victoires, place à la musique et surtout place aux artistes ! »