#Musique2017 : 13 mesures pour l’élection présidentielle

Concrétisation du large débat engagé ces derniers mois entre professionnels de la filière, politiques, universitaires et public, dans la perspective de l’élection présidentielle, Tous pour la musique – à l’initiative de cette mobilisation – en retient 13 propositions de nature à renforcer la place de la musique en France pour le prochain quinquennat. Tous les candidats sont interpellés.

Capture d’écran 2017-02-10 à 11.47.52C’est à l’occasion des Victoires de la musique que TPLM a présenté ces mesures en faveur d’une politique artistique et culturelle ambitieuse. Comme en témoigne un sondage IFOP publié le 10 février, les Français sont fortement attachés à la musique mais le parti le plus écouté de France n’est pas entendu. D’où l’initiative portée par l’association, qui rassemble l’ensemble des composantes de la filière.

Rappel du dispositif mis en place

On en parlait au Midem 2016, ce fut annoncé à l’occasion de la Fête de la musique le 21 juin 2016 : la musique s’invite dans la campagne présidentielle et le fait savoir. Au départ, un constat incontestable : la musique est au cœur de notre quotidien, importante en termes de rayonnement culturel, de vie locale, d’économie et d’emploi, mais reste la grande absente des programmes de nos politiques. Pour TPLM, il s’agit de rééquilibrer ce paradoxe. « Notre secteur pourrait être mieux traité et ses divers enjeux davantage pris en considération » estime Bruno Lion, son président.

Depuis plusieurs mois, dans la perspective de la campagne présidentielle, l’association mobilise toutes les organisations de la musique (lesquelles mobilisent à leur tour leurs membres) et les acteurs de terrain, mais aussi le grand public, les élus et les collectivités territoriales. Si la musique est déjà au cœur de notre quotidien, il s’agit de la placer au cœur de l’élection présidentielle, de proposer des mesures pour mieux accompagner la musique, « entendue non comme filière mais comme projet de société ».

C’est à l’occasion du MaMA, le 12 octobre 2016 à l’Elysée-Montmartre à Paris, que TPLM a donné le coup d’envoi au dispositif destiné à placer la musique et les enjeux de la filière au cœur de la campagne présidentielle. Un dispositif participatif et ouvert, avec deux outils mis en place. Ce fut la création du site www.mavoixpourlamusique.fr, espace d’expression où chacun pouvait prendre et présenter des propositions, l’organisation de plusieurs conventions décentralisées réunissant représentants de la filière, responsables politiques, experts, élus nationaux ou territoriaux, think tanks, universitaires et public.

La première a eu lieu le 28 novembre 2016, salle Victor Hugo de l’Assemblée nationale, à l’invitation du Prodiss, sur « Les clefs de l’emploi, de la croissance et de la compétitivité française pour le développement artistique et la diversité musicale ». C’est à Rennes, dans le cadre du festival TransMusicales, que s’est tenue le 2 décembre la convention suivante sur le thème « Existe-t-il un modèle vertueux de partenariat et de collaboration entre les pouvoirs publics et les acteurs de la musique applicable partout et en tout lieu ? ». Le lendemain, 3 décembre, toujours à Rennes, TPLM organisait une autre convention sur le thème « Comment rendre la découverte de la diversité des œuvres et la pratique musicale accessible à tous et faire de l’éducation musicale un projet de société ? ». Enfin, le dernier rendez-vous s’est déroulé le 27 janvier dernier à Aix-en-Provence, en partenariat avec l’Université d’Aix-Marseille sur le thème « Musique et droit. Création et transfert de valeur dans une société numérique ».

Au total, tant sur le site que lors des conventions, c’est sur la musique sous tous ses angles (exportation des artistes, éducation musicale, compétitivité de la filière, rapport aux nouvelles technologies, diversité et accessibilité…) que les Français ont pu s’exprimer, aux côtés des acteurs et observateurs du secteur, élus nationaux et collectivités.

L’attachement des Français à la musique 

Les résultats du récent sondage réalisé par Ifop pour TPLM viennent largement étayer les revendications de la filière. Menée en janvier auprès d’un échantillon représentatif de 1 000 personnes âgées de 18 ans et plus, l’enquête nous éclaire sur l’attachement des Français à la musique et leur regard sur la place qui lui est accordée dans la société. Les principaux enseignements :

ifop■ L’écoute de musique est l’activité culturelle favorite de 61 % des Français, devant la lecture (49 %), le cinéma (46 %), les jeux vidéo (20 %), les musées et expositions (15 %) et le théâtre (10 %). Le chiffre atteint même 70 % chez les moins de 35 ans.

■ En revanche, la pratique d’un instrument est peu répandue (11 % des interrogés s’y adonnent souvent ou de temps en temps.) et décline avec l’âge.

■ Ils sont 62 % à juger les moyens dédiés à l’enseignement de la musique insuffisants et 75 % souhaiteraient voir davantage de moyens alloués à la création d’un orchestre ou d’une chorale.

■ 90 % des Français considèrent que la musique est un élément qui favorise le vivre-ensemble dans notre société, un vecteur de lien social encourageant le partage, l’échange et la rencontre. 70 % pensent que la musique et les artistes constituent une force de rassemblement au service d’une cause sociale ou politique.

■ Ils sont 84 % à estimer que le succès des artistes français à l’étranger contribue au rayonnement de la France dans le monde.

■ 87 % des interrogés se disent satisfaits des offres de musique en ligne, tant en termes de richesse, de diversité et d’accessibilité. Mais 43% estiment qu’il n’y a pas assez de musique à la télévision aux heures de grande écoute, 1/3 regrette un manque de diversité à la radio et à la TV et 1/3 également juge insuffisante l’offre de spectacles à proximité de chez eux (23% à Paris).

■ 92 % des Français considèrent que les grandes entreprises de l’Internet qui tirent profit de la musique doivent davantage participer au financement de la création. 83 % estiment que la musique en ligne devrait bénéficier d’un taux de TVA réduit et 62% que les entreprises du secteur puissent bénéficier d’une fiscalité avantageuse.

■ Enfin, 7 Français sur 10 considèrent que la musique n’est pas suffisamment présente dans les programmes des différents candidats à l’élection présidentielle.

13 mesures pour la musique

Exprimant « l’ambition commune de toute la filière musicale parlant d’une seule voix », les 13 mesures issues de cette réflexion collective visent à donner à la musique les moyens d’occuper dans les politiques publiques une place proportionnelle à celle qu’elle occupe dans notre vie quotidienne. Les mesures proposées concernent l’éducation et l’apprentissage de la musique, l’exposition de la musique en France et à l’international, et la compétitivité de la filière. Elles vont désormais être présentées aux candidats à la présidentielle.

011 | Une formation orchestrale ou chorale dans chaque école

Donner à chaque établissement scolaire les moyens financiers et humains de se doter de formations orchestrales ou chorales avec l’objectif d’avoir, à la dernière fête de la Musique du quinquennat qui s’annonce, des concerts proposés dans chaque école, collège ou lycée.

022 | Une sensibilisation au travail des artistes et aux métiers de la musique

La musique pour tous passe d’abord par les programmes scolaires, que ce soit directement par la création de modules d’initiation aux œuvres, aux métiers de la musique, à ses nouveaux modes d’accès et au droit d’auteur, ou indirectement en intégrant les problématiques artistiques et musicales dans les cours d’histoire, de sciences sociales ou d’éducation civique. Chaque classe d’élèves devrait bénéficier d’un concert dans l’année, qui aura fait l’objet d’une étude sur le temps scolaire aux côtés de musiciens intervenants.

033 | Un plan d’éducation musicale pour tous

Afin de garantir une équité d’accès et de pratiques à tous et d’accompagner les acteurs des territoires, il convient de dédier une enveloppe renforcée de crédits spécifiques à destination des conservatoires, écoles et associations qui agissent pour la transmission de la musique à l’école, mais aussi dans tous les lieux de vie, universités, entreprises, hôpitaux, etc.

044 | Dans les médias : une présence accrue

Le dispositif des quotas de chansons françaises à la radio et les obligations des chaînes de télévision en matière de diffusion sont des mécanismes souples qui ont prouvé leur efficacité et contribuent de manière essentielle à la création et au succès des nouvelles productions et des nouveaux talents. Le service public se doit ainsi d’être exigeant et de jouer un rôle particulier dans l’exposition de tous les genres musicaux avec des obligations minimales chiffrées pour toutes ses chaînes.

055 | Dans le commerce : un bien culturel plus accessible

Appliquer le taux réduit de TVA à la musique en ligne serait extrêmement bénéfique pour la diffusion des artistes, comme l’ont montré toutes les expériences de baisse de la TVA en France et à l’étranger. Cela encouragerait le développement de l’offre de musique en ligne, qui séduit chaque jour de nouveaux abonnés (en 2016, 28 milliards de morceaux ont été écoutés sur des plateformes, contre 18 milliards en 2015), et ainsi d’accélérer la transition numérique de la musique.

066 | Dans les lieux de représentation : sûreté des spectacles et des spectateurs

Les conséquences majeures des attentats à court terme resteront significatives à moyen et à long terme pour les entreprises du secteur qui doivent continuer à assumer une hausse structurelle de leurs coûts de sûreté, tout en continuant à investir en équipements. Pour ce faire, il faut étendre aux entreprises du spectacle les crédits du fonds interministériel de prévention de la délinquance, ce qui permettra d’assurer l’accueil du public dans les meilleures conditions de sûreté.

077 | Dans les territoires : des instances de concertation au plus près des Français

Il est proposé de créer une instance de concertation réunissant les acteurs de la musique au niveau de chaque intercommunalité afin d’être au plus proche des réalités de chaque bassin de vie. En lien avec les conférences territoriales de l’action publique prévues par la loi de Nouvelle Organisation Territoire de la République (NOTRe), elles auront pour mission de garantir une offre de musique diversifiée et accessible à tous dans tous les territoires.

088 | Dans tous les pays : un rayonnement artistique à l’international

C’est sans doute la mesure la plus significative Alors que la France et la francophonie tiennent avec le Bureau Export un instrument précieux de rayonnement autant que de compétitivité, les moyens dédiés à l’exportation de la musique sont très limités (autant qu’en Norvège, qui compte 13 fois moins d’habitants). Afin d’accompagner le développement des artistes à l’international, il convient de donner au Bureau Export de la Musique Française les moyens de son action et du rayonnement de la France, en augmentant de 5 millions d’euros les moyens publics qui lui sont alloués.

099 | Un financement par tous de la création

La France doit activement contribuer à corriger le transfert de valeur entre les acteurs de la musique et les intermédiaires de l’Internet qui tirent profit de la musique. Le projet de directive sur le droit d’auteur dans le marché unique numérique va dans ce sens (clarification du statut des plateformes en ligne, négociation de contrats avec les titulaires de droit, outils d’identification des contenus, transparence renforcée, etc.) mais doit aller encore plus loin pour garantir un marché équitable et une juste rémunération des artistes et des créateurs.

1010 | Un soutien durable aux entreprises de la filière musicale

Plusieurs crédits d’impôt ont été mis en place (en faveur de la production phonographique, et pour le spectacle, un autre est attendu pour les éditeurs) mais leur modestie traduit un manque d’ambition et leur limitation dans le temps une incohérence. D’où le le besoin d’élargir, de renforcer et de pérenniser les crédits d’impôt de la filière musicale qui contribuent à la création et au développement artistique sur tout le territoire et en dehors de nos frontières.

1111 | Une équité de traitement pour les entreprises de la filière musicale

Faire évoluer les dispositifs contenus dans le pacte de responsabilité pour les étendre à l’emploi artistique. Pouvoir adapter le contrat de travail aux spécificités des tournées, sans être contraint par les règles de l’assurance chômage. Garantir aux TPE et PME françaises de la musique l’accès aux dispositifs sociaux et fiscaux de droit commun, pour garantir la création d’une nouvelle dynamique de recrutement pour les entreprises du spectacle.

1212 | Un accompagnement des artistes

Donner aux artistes un accès facilité aux clés qui leur permettront d’appréhender et de comprendre un milieu qu’ils ne connaissent pas. Assurer aux artistes et à leurs managers une formation aux outils digitaux de promotion et de diffusion, aux nouvelles sources de revenus et à l’évolution de leurs droits pour leur donner les moyens d’aller prospecter afin de trouver les talents de demain.

1313 | Une aide à l’innovation au service de la filière musicale

Accompagner l’ensemble des entreprises dans l’adaptation de leur modèle à la transition numérique, tant au niveau des métiers et de l’innovation que des investissements. Il est proposé de créer un fonds de soutien en faveur de la transition numérique et de l’innovation dédié à l’ensemble de la filière musicale. Au sein de Bpifrance ou d’un autre organisme public, ce fonds pourra financer les travaux de recherche et développement des entreprises du secteur.

Gildas Lefeuvre