Malika Séguineau : « Le PRODISS demande la réouverture d’une consultation sur le décret son »

Malika-SéguineauMalika Séguineau, directrice générale du Syndicat National du Spectacle Musical et de variétés (PRODISS), estime « inapplicable » le nouveau décret relatif à la prévention des risques liés aux bruits et aux sons amplifiés. Elle demande la réouverture d’une concertation et l’instauration d’une période transitoire.

Le décret relatif à la prévention des risques liés aux bruits et aux sons amplifiés devait entrer en vigueur au plus tard le 1er octobre 2018. Ce n’est pas le cas. Pourquoi ?

Malika Séguineau : Parce qu’il est inapplicable dans plusieurs de ses dispositions. D’abord parce qu’aucun matériel permettant de mesurer correctement les dBC, les infrabasses, n’est disponible sur le marché. Ensuite parce que les Etudes d’Impact des Nuisances Sonores (EINS) qui sont exigées en amont des événements posent problème, tant aux lieux fermés qu’aux festivals. Outre les conditions fluctuantes des concerts de plein-air, la multiplicité des esthétiques dans chaque salle, par exemple dans un Zénith, obligerait à une mise à jour quasi quotidienne des ces EINS.

Nous avions dit tout cela lors des réunions préliminaires, mais aucune de nos propositions n’a été entendue. Le Prodiss demande donc la réouverture d’une concertation sur le décret du 7 août 2017 et l’instauration d’une période transitoire, afin de permettre d’inventer les outils adéquats, notamment pour la mesure des dBC, et de favoriser l’équipement des lieux de diffusion.

Ces nouvelles dispositions peuvent-elles pénaliser les petites salles et les salles moyennes ?

MS : Bien sûr, la mise en conformité, à supposer qu’elle soit réalisable techniquement, suppose l’achat de nouveaux matériels de diffusion du son, d’un afficheur, d’un enregistreur, d’un limiteur peut-être, la mise en route de travaux complémentaires d’insonorisation, de formation du personnel. Or aucun dispositif d’aides n’a été mis en place pour le moment. Ceci intervient dans un contexte déjà tendu. Les producteurs de spectacles doivent en effet faire face à des réglementations complexes et onéreuses : exigences d’accessibilité en principe en vigueur depuis le 1er janvier 2015, l’explosion du budget sécurité et, depuis mai 2018, la refacturation aux festivals des frais de police et de gendarmerie liés à l’événement, selon le bon vouloir du Préfet.

La limitation des dBC remet-elle en cause des esthétiques ?

MS : Sans aucun doute. Mais il faut d’abord préciser que la musique n’est pas du bruit, c’est du son et de l’art. Ensuite, nous insistons sur le fait que nous partageons l’objectif de santé publique. Mais les ministères de l’écologie et de la santé ont balayé les données culturelles, ne retenant que le volet « bruit », alors qu’il est évident que le public ne vient pas au concert pour ne rien entendre. Enfin, je dois dire que la responsabilité individuelle existe, que se protéger, protéger ses enfants, mettre ou pas des bouchons d’oreille, des casques, est aussi une question personnelle.

Propos recueillis par Véronique Mortaigne


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