« Les Victoires, c’est de la lumière, du prestige et de la fierté pour les artistes »

Interview de Natacha Krantz-Gobbi, nouvelle présidente des Victoires de la musique

Nommée pour deux ans à la présidence des Victoires de la musique, la directrice générale du label Mercury, Natacha Krantz-Gobbi promet un premier pas vers la « révolution » au service des artistes… Rendez-vous le 9 février sur France 2 et à la Scène Musicale de Boulogne-Billancourt pour une cérémonie placée sous la présidence du chanteur Sting.

Est-ce un désir ou un devoir de prendre ce poste ?N

C’est une proposition qui est impossible à refuser car les Victoires sont un rendez-vous vital, le poumon du métier… C’est très important pour les jeunes artistes et très agréable pour les artistes connus. Ma mission, c’est de créer une impulsion avec les directeurs artistiques et de faire évoluer ce rendez-vous, mais aussi de protéger la musique et les artistes. La cérémonie des Victoires les expose, elle les remercie mais elle les protège aussi. C’est très important pour moi car la musique est un langage qui permet de lutter contre l’obscurantisme. Ce n’est pas futile la musique, ça ne sert pas à rien, c’est très utile. Elle nous fait du bien, elle crée du lien social, elle élève. On l’a encore mesuré récemment avec la disparition de Johnny et de France Gall. La musique, c’est notre quotidien, c’est notre passé, c’est notre vie, c’est du désir.

Que représentent les Victoires aujourd’hui dans la carrière d’un artiste ?

C’est une fierté immédiate pour un jeune artiste mais aussi et surtout cela donne une exposition médiatique exceptionnelle. Être en prime à la télé, en début de carrière, c’est essentiel. On l’a vu avec Christine and the Queens qui a fait une prestation formidable dans la catégorie « révélation scène » en 2014. Elle n’a pas gagné mais cela l’a propulsée auprès du public. Une sélection aux Victoires a un impact immédiat sur la carrière des artistes tant en nombre de disques vendus qu’en perception auprès du public ou des médias. Regardez Stromae, Jain… Cela donne de la lumière car c’est prestigieux.

Que diriez-vous vous aux jeunes téléspectateurs qui ne sont pas forcément sur France 2 pour qu’ils viennent voir les Victoires à l’heure du streaming, de YouTube et des nouveaux modes de consommation de la musique ?

C’est une émission où il y a toutes les musiques. Les Victoires exposent une grande partie de la production de l’année et c’est un bon spot pour découvrir des jeunes. Il y a trois révélations scène et trois révélations album en live. C’est une cérémonie qui doit attiser la curiosité et permettre de s’ouvrir à d’autres styles que celui qu’on écoute dans sa chambre, sous son casque.

Vous pensez cette soirée comme un évènement ou comme une émission télé ?

Ce n’est pas une émission classique. C’est toutes les musiques en live pendant plus de trois heures avec des artistes venant d’univers totalement différents. C’est unique. Cette année, nous serons à la Scène musicale, ce qui nous oblige à imaginer un nouveau décor, à redevenir créatifs. Daphné Bürki sera la maîtresse de cérémonie. Elle adore la musique et les artistes, et elle est en capacité de les recevoir avec humour et bienveillance.

Vous avez souhaité du glamour. Quelle est votre définition du glamour ?

Je voudrais ramener du cérémonial, de l’esthétisme, de la hauteur de vue. Que les gens s’habillent. Ce sera du chic cool.

Le 9 février, doit-on s’attendre à une révolution pour cette 33e édition ?

Ce n’est pas encore la révolution, mais c’est un premier pas. Cette année, il y aura pour la première fois un président d’honneur international en la personne de Sting. J’ai créé une nouvelle catégorie « EP » à côté de la catégorie « album » car je pense qu’à l’heure du numérique, il ne faut pas se laisser enfermer dans un format et beaucoup d’artistes aujourd’hui font des EP. J’ai voulu aussi changer la catégorie « clip » en catégorie « création audiovisuelle » car c’est le contenu, l’expression audiovisuelle accompagnant l’artiste qui doit être salué. Que ce soit un clip, une web-série, une session live, qu’importe !

Une catégorie de musiques urbaines existe. Pourquoi cet intitulé quand les jeunes disent écouter du rap. C’est de la pudeur ?

Dans un genre musical, il y a plusieurs genres. La catégorie s’appelle « musiques urbaines » pour couvrir toutes ces formes, mais effectivement il y aura des choses à changer de ce côté-là l’an prochain. C’est très important d’évoluer avec le marché qui est aujourd’hui à 50 % urbain et local. Les Victoires devront aller dans ce sens. Nous y travaillerons pour l’année prochaine, de même que sur le nombre de Victoires décernées.

Quel objectif d’audience vous fixez-vous ? L’an dernier avec seulement 2,4 millions de spectateurs, c’était un très mauvais résultat surtout comparé aux 5 millions des NRJ Music Awards sur TF1 ?

Les NMA sont devenues une cérémonie importante et ils ont trouvé leur place avec des artistes dans une lignée précise, labellisée NRJ-TF1. Avec les Victoires, on propose une plus grande ouverture, tous les segments de la musique. C’est donc plus difficile de capter le public car nous nous adressons à des gens qui ont des goûts très différents. Mais il y a une marge de progression et nous y travaillons. Je ne veux pas me fixer d’objectif d’audience, car de toute façon il y a les chiffres et la perception du public qui est très importante pour capitaliser d’une année sur l’autre. De toute façon, ce métier a besoin de deux prix.

Souhaitez-vous apporter une empreinte personnelle dans cette cérémonie ?

Je me suis beaucoup investie, donc j’espère que cela se sentira car j’aime à la fois les détails et le rythme. Je suis tenace et j’aime beaucoup, beaucoup faire changer les choses car on est toujours perfectible. Il faut toujours être dans le mouvement.

Vous aimez quelle musique ? Vous avez écouté quoi ce matin ?

(Rires). J’ai passé ma matinée au téléphone donc je n’ai pas écouté de musique aujourd’hui. Mais mon grand plaisir ce sont les playlists, la découverte.

Propos recueillis par Pascal Marsaa