Les élèves des écoles de musiques actuelles

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Maître de conférence en sciences de l’éducation, Rémi Deslyper a réalisé une étude auprès des élèves de deux écoles de musiques actuelles rhône-alpines. Il constate et analyse l’impact de leur parcours « scolaire » en matière de pratique instrumentale.

Comment en êtes-vous venu à réaliser cette étude ? À partir de quelle hypothèse avez-vous travaillé ?

J’ai commencé la musique à 14 ans et je faisais partie d’un groupe de rock dans lequel j’ai joué durant de nombreuses années. Lorsque je me suis engagé vers des études de sociologie, d’autres membres du groupe ont décidé de poursuivre leur engagement en entrant dans une école professionnalisante de musique, et à partir de là, j’ai constaté que nos manières de jouer commençaient à s’éloigner. Nous jouions toujours ensemble, mais les relations entre nous n’étaient plus les mêmes, les attentes non plus, et la pratique de mes camarades n’avait plus grand chose à voir avec la mienne. En entrant en thèse, j’ai donc choisi de travailler là-dessus, plus précisément sur l’impact du passage en école de musiques actuelles pour les élèves.

Comment avez-vous mené l’enquête et recueilli les données ?

Plusieurs écoles ont accepté de me recevoir et j’en ai choisi deux en Rhône-Alpes, une publique et une associative agréée par l’État, autrement dit deux situations statutaires différentes. Ensuite, j’ai fait des observations de cours et des entretiens avec les professeurs et les élèves guitaristes de deux promotions de 3e cycle pour chaque école, ce qui représente près de 40 entretiens avec des élèves. Parallèlement j’ai interrogé 10 guitaristes qui ne sont jamais passés par une école de musique, ce qui m’a servi d’étalonnage pour comprendre les différentes pratiques existantes.

Suite de ces entretiens, à quelle analyse arrivez-vous ?

La pratique des autodidactes qui ne sont pas passés par une école de musique reste fonctionnelle, au sens où elle est inscrite dans la vie ordinaire : on fait de la musique pour se détendre, pour passer le temps, pour draguer une fille… Alors que la caractéristique du savoir transmis par l’école est un savoir qui devient sa propre finalité : on fait de la musique pour faire de la musique et, par exemple, on ne veut plus jouer en soirée pour les copains mais on veut faire des concerts, on ne joue plus des morceaux parce qu’on les aime mais parce qu’ils ont un intérêt technique, etc.

Que les élèves soient formés et fassent évoluer leur pratique est justement le but recherché ?

Oui, et les élèves sont ravis de leur passage en école de musique. Les discours sont extrêmement positifs, ils estiment qu’ils jouent beaucoup mieux qu’avant. Mais on peut se demander si les musiques actuelles ne suivent pas le chemin qu’a suivi le jazz, et le résultat est qu’aujourd’hui peu de musiciens jouent du jazz au coin du feu avec leurs camarades, cela n’existe quasiment plus.

Par ailleurs, il existe un discours des écoles de musique qui est : « Nous formons sans transformer, nous sommes des écoles de l’autodidactie et nous ne transformons pas la pratique. » Les directeurs d’écoles et les professeurs revendiquent une logique de l’accompagnement, non scolaire, non frontale, or mon travail montre qu’il y a un impact sur les manières de faire et de penser la musique après les passages en école. Autrement dit, il s’agit bien d’école même si elles n’assument pas toujours d’en porter le nom.

Finalement, selon vous, quelle est la différence entre ces écoles de musiques actuelles et les conservatoires ?

La pédagogie est différente, mais la finalité est proche. Ils défendent le même modèle de musiciens, avec un rapport formel à la pratique musicale, ce qui est propre à toute forme d’enseignement institutionnel.


 

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Auteur : Rémi Deslyper
Éditeur : Presses Universitaires du Septentrion