LE RETOUR GAGNANT DU VINYLE

Il est partout. Depuis quelques années, le disque vinyle ne cesse de séduire une nouvelle génération pourtant élevée au MP3. Authenticité, amour du vintage, exigence acoustique : quelles sont les raisons du regain évident de cet objet imparfait et mystérieux si cher à nos parents ?

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À l’heure de la dématérialisation de la musique, qu’on consomme à tour de bras en streaming ou en téléchargement de fichiers MP3, le disque vinyle a clairement le vent en poupe depuis quelques années. Et plus seulement dans des niches musicales comme l’électro ou le hip hop, où les puristes s’affairaient déjà depuis un moment sur leurs platines. Le grand public s’est ainsi réapproprié cet objet qui pourtant demande du matériel, et n’est pas réputé très bon marché…

Alors, simple effet de mode ? Loin de là, si l’on en croit les chiffres. 1,7 million de vinyles ont été vendus en 2016, soit 72 % de plus qu’en 2015, et trois fois plus qu’en 2013. Dans les autres pays, c’est pareil : le marché du vinyle a même vécu sa meilleure année depuis longtemps, en 2016 au Royaume-Uni, avec plus de 3,2 millions de disques écoulés, ce qui représente le meilleur score depuis 1991 et une augmentation des ventes de 53% par rapport à 2015…Et  des événements annuels comme le Disquaire Day suscitent un engouement grandissant à chaque édition.

Un désir d’authenticité et de convivialité

Le phénomène n’était que difficilement prévisible, et c’est pourtant tous les styles musicaux que le vinyle semble s’accaparer. Dernièrement, la discographie de David Bowie (son album « Blasktar » notamment) a été l’un des best-sellers en 2016, et c’est aussi le cas pour le dernier album de Renaud, dont l’édition vinyle s’est vendue par palettes ! Les artistes cultes en rock et hip hop (Nirvana, Wu-Tang Clan) ou jazz (Miles Davis) voient aussi leurs rééditions séduire le plus grand nombre. Ce regain certain a donné des idées aux disquaires indépendants qui ont ainsi voulu créer des lieux de vie, plus que des simples boutiques. C’est le cas de Daniel Zanzarra, patron de La Passerelle.2, disquaire-café, à Paris dans le 11ème. « J’ai ouvert le disquaire café La Passerelle.2 fin juillet 2016 dans le but de soutenir la scène indépendante œuvrant sur le territoire. Il n’y a pas un style particulier, mais plus exactement des familles musicales qui se regroupent, se mélangent, s’additionnent, pour constituer un ensemble de portées imaginaires invitant au voyage. Quand on arrive dans le lieu, c’est la première inspiration que je souhaite développer », raconte le disquaire.

Le vinyle semble en effet rapprocher les gens sur l’idée qu’ils se font de la musique. Une velléité organique, un besoin d’authenticité, une nécessité de toucher dans une époque où la musique devient un amas d’ondes impalpables. Ludovic Jamet, féru de musique et ancien gros consommateur de CD et MP3, a lui aussi de nouveau craqué pour le 33-tours il y a quelques années. « Au milieu des années 2000, j’ai commencé à observer le retour du vinyle dans les merchandising des concerts. Beaucoup de groupes (dans le style indie rock, expérimental) et de petits labels ont de nouveau produit leurs sorties en vinyle, avec une vraie attention portée au graphisme, à la pochette, au booklet, avec des éditions limitées, des vinyles de couleurs, etc. Ça m’a donné envie de me racheter au platine », raconte ce sociologue d’à peine 40 ans.

Du son oui… mais aussi de l’artwork, du packaging…

La musique ne s’écoute pas seulement : elle se regarde, elle se touche. Elle est matière. Le retour en force des vinyles peut s’expliquer par le besoin prégnant du toucher et du voir, au moins tout autant que par la nécessité d’écouter de la musique. À La Passerelle.2, on l’a bien compris et on mise sur l’échange et la rencontre. « Tous les disques sont en écoute libre…Il y a un regain évident pour ce support qui s’avère être un bel objet, plébiscité par les artistes et par la clientèle ! Il s’agit d’un objet que l’on aime s’approprier à nouveau après une période de dématérialisation forte de la musique ! » explique Daniel Zanzara, qui a mis un point d’honneur à faire de son lieu un endroit de rencontre avec les artistes, où l’on peut se détendre autour d’une bière artisanale, d’un café ou de fromages…

« Ce soutien aux artistes passe également par les showcases réguliers que j’organise dans cet espace hybride, proposant ainsi un lieu convivial, d’écoute et de partage : c’est une passerelle…Les personnes qui viennent ici sont curieuses de nouveauté, de rencontres amicales, de chaleur humaine » poursuit-il.

Certains auditeurs parlent de la qualité acoustique du 33-tours sur la platine, d’autres y voient également l’occasion de profiter d’une œuvre globale, qui transcende  la musique. « L’attention portée au packaging, à la pochette, fait du vinyle un objet qui dépasse le simple produit musical. Là où le streaming désincarne la musique pour la réduire à un format informatique, le vinyle lui redonne du corps et la resitue dans un contexte artistique, culturel, générationnel, etc. Si la musique n’était qu’un agglomérat de sons, elle ne vaudrait pas autant d’attentions et ne susciterait pas autant d’émotions » ajoute Ludovic Jamet.

Par ailleurs, le marché du disque vinyle est quelque chose que l’on peut un tant soit peu prévoir d’une année sur l’autre. En effet, un acheteur de platine vinyle va a priori s’en servir sur les mois (au moins…) qui suivent son achat…Or, le nombre de platines vinyles vendues en France en 2016 a encore augmenté… Et les bars s’y mettent aussi, comme cet établissement du 14ème arrondissement de Paris, Le Lock Groove, où côté musique, l’ordinateur et la playlist en MP3 sont proscrites. Ici, on ne passe que des vinyles pour réchauffer l’ambiance. Et de plus en plus de bars ont opté pour cette façon de faire…

Arnaud de Vaubicourt


2955_01Le Disquaire Day

Rendez-vous le samedi 22 avril un peu partout en France, mais aussi en Belgique, en Suisse et au Luxembourg! Le Disquaire Day (pendant français du Record Store Day) fête cette année ses 6 ans en France. Véritable événement pour les disquaires indépendants et les fans d’éditions rares, le Disquaire Day propose la mise en vente de vinyles et CD en édition limitées, propose showcases, expositions, débats et rencontres autour du disque.

Le Disquaire Day, auquel plus de 250 disquaires indépendants participent en France, voit aussi de nombreux artistes sortir des titres inédits à cette date. En vrac, on se souvient, lors des années précédentes, avoir pu dénicher des perles d’artistes comme Benjamin Biolay, Bruce Springsteen, Bat For Lashes, Bob Dylan, David Bowie, David Lynch, Foals, Kate Bush ou encore The Black Keys…A l’échelle internationale, le Record Store Day est le plus gros événement mondial lié à la musique enregistrée. Tout savoir ? C’est par ici.