Le rap français en 11 dates clés

Arte diffuse actuellement la minisérie French Game, du hip-hop à la pop, une histoire du rap français. Déjà réalisateur et coauteur de la websérie Touche française sur les musiques électroniques, Jean-François Tatin nous explique le sens de ce nouveau projet : « La French Touch était en quête d’Amérique et d’exportation ; à l’inverse, French Game montre comment les rappeurs se sont appropriés le modèle américain pour en faire quelque chose de très français. »

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French Game est un documentaire de 11 courts épisodes (de plus ou moins 6 minutes), chacun centré sur des temps forts de l’histoire du rap français via un artiste/groupe emblématique de chaque époque (NTM, MC Solaar, IAM, Oxmo Puccino, Booba…). Derrière ces figures, la série évoque la façon dont le son, le fun, les rimes ou la production ont évolué au fil du temps.
Les vidéos sont disponibles en replay sur Arte.


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Jean-François Tatin, réalisateur et coauteur de French Game et de Touche française (© Raphaël Dautigny)

Comment est né le projet French Game ?

Pendant la production de Touche française, avec mon coauteur Guillaume Fédou, nous nous sommes aperçus de plusieurs parallèles entre l’histoire des musiques électroniques et celle du rap en France. D’abord, la french touch est née au début des années 90 et, dans le même temps, le rap commençait à entrer en radio. Ensuite, les deux mouvements ont un lien avec les États-Unis : la french touch était en quête d’Amérique et d’exportation ; à l’inverse, French Game montre comment les rappeurs se sont appropriés le modèle américain pour en faire quelque chose de très français, chanté dans notre langue, avec un ancrage territorial fort.

Comment passe-t-on d’un documentaire sur les musiques électroniques à un suivant sur le rap français ?

De manière générale, je suis vraiment un passionné de musiques et je ne suis pas du tout attaché à un genre en particulier. J’ai plutôt une approche pop et je défends l’idée du télescopage entre les genres, de sortir les objets de leur niche pour les aborder de manière plus globale, voire patrimoniale.

Pourquoi avoir opté pour un format de minisérie ?

Sur Touche française, nous avions testé cette mécanique que nous avons gardé. C’est un moyen de revenir sur un trajet et d’analyser ses différentes étapes avec une série d’instantanés qui s’immergent dans les contextes de chaque époque. Nous aurions pu le faire en un seul film, mais le fait de le découper permet également de regarder les épisodes dans n’importe quel ordre, de revenir sur les différentes étapes et éventuellement de faire l’effort de désosser un peu le mouvement si on le souhaite.

Comment 11 figures du rap français peuvent-elles, à elles seules, refléter l’histoire du mouvement dans notre pays ?

Attention, l’intitulé est Une histoire du rap français et on ne prétend pas raconter autre chose que notre vision de cette histoire. Nous avons choisi des morceaux emblématiques, soit parce qu’ils sont passés en radio et qu’ils se sont beaucoup vendus, soit parce qu’ils racontent leur époque. D’ailleurs, c’est un exercice complexe que de clearer les droits de ces titres et il y a des morceaux que nous n’avons pas eu, comme La Boulette de Diam’s qui est pourtant un morceau générationnel.
Ensuite, derrière chaque épisode, il y a une approche chrono-thématique, avec une lecture de ce mouvement par étape, d’où l’idée d’avoir des sous-titres qui résument une thématique sous-jacente plus large.

À la fin de chaque épisode, figure une reprise d’un des 11 morceaux emblématiques. Expliquez-nous la séquence.

Là aussi, ça vient de Touche française où nous avions enregistré des reprises de morceaux électro avec la volonté de les sortir de leur niche, comme par exemple en les reprenant à l’orgue. Là, notre envie était proche, mais cela a été beaucoup plus compliqué parce que nous nous sommes aperçus que les rappeurs n’aiment pas faire des reprises. La cover est un exercice plutôt pop et rock, mais pas rap. Au départ, nous souhaitions que la jeune génération de rappeurs reprenne les anciens, mais il y a une telle dissociation entre la new school et la old school que nous avons aussi pris des chanteurs qui ne sont pas forcément rappeurs, et cela donne parfois des reprises pop qui sont intéressantes. Par exemple, les qualités d’harmonie d’un Damso sont mises en valeur par la reprise sans auto-tune des Pirouettes. Voilà une forme de télescopage qui m’intéresse.

French Game sur Arte
Réalisation : Jean-Francois Tatin
Auteur : Jean-Francois Tatin / Azzedine Fall / Guillaume Fedou