La mobilisation continue pour un vrai soutien à la musique

La musique s’était mise en campagne il y a tout juste un an. A l’occasion de la Fête de la Musique 2016, la filière musicale réunie au sein de TPLM annonçait – dans la perspective de l’élection présidentielle – qu’elle engageait un grand débat national sur le rôle de la musique et les moyens à mettre en œuvre pour le maintenir et le développer. Un an de mobilisation plus tard, les élections passées, où en est-on ?

Le constat est paradoxal : si la musique est au cœur de la vie des Français, elle ne l’est pas – ou bien peu – dans les programmes politiques. Au point de devoir sans cesse rappeler son importance et ses enjeux. Elle est l’une des principales pratiques culturelles de nos concitoyens, occupant une place centrale dans leur vie quotidienne (les ¾ déclarent ne pas pouvoir s’en passer). Elle constitue l’une des industries culturelles et créatives les plus dynamiques avec un poids économique approchant les 8 milliards d’euros (étude France Créative) et représentant plus de 240 000 emplois dans notre pays. Sa forte capacité d’exportation en fait aussi un formidable vecteur d’influence et de rayonnement pour notre culture, comme en témoignent le succès de nos artistes à l’étranger et les 628 millions d’euros qu’ils ont généré à l’international en 2016.

IMG_8573-2_(c)CHESNEAU_Marc-800Au-delà des chiffres et de ces réalités, la musique dispose d’une force de rassemblement inégalée au service d’une cause sociale ou politique (70% des Français en sont convaincus). Elle est facteur de lien social, favorisant le vivre-ensemble dans notre société (pour 90 % de nos concitoyens), encourageant le partage, l’échange et la rencontre. Elle irrigue les territoires, témoigne d’une diversité que beaucoup nous envient et participe à l’image de notre pays dans le monde. Pour toutes ces raisons, le secteur musique mérite largement d’être pris en compte.

Consultation et propositions pour s’inviter dans la campagne

Malgré ces évidences que la filière s’évertue à rappeler, la musique reste paradoxalement la grande absente des programmes politiques. D’où le dispositif organisé depuis un an par TPLM, qui l’a voulu participatif et ouvert, à travers le site www.mavoixpourlamusique.fr et plusieurs conventions décentralisées. Le tout débouchant sur 13 propositions soumises il y a quelques mois à l’ensemble des candidats à la présidence.

Les mesures proposées : une formation orchestrale ou chorale dans chaque école, une sensibilisation au travail des artistes et aux métiers de la musique, un plan d’éducation musicale pour tous, une meilleure exposition de la musique en radio et en télévision, l’application d’une TVA à taux réduit pour la musique en ligne, la question de la sûreté des spectacles et des spectateurs, des instances de concertation dans les territoires, un rayonnement à l’international, un financement par tous de la création, un soutien durable aux entreprises de la filière, une équité de traitement pour les TPE et PME de la musique, un accompagnement des artistes et une aide à l’innovation.

Malgré la mobilisation, peu de candidats ont fait connaître leur position et les préoccupations de la filière musicale ont été – globalement – peu prises en compte. Force est de constater, en épluchant les propositions des candidats au 1er tour (cf les documents officiels déposés dans toutes les boîtes aux lettres), que le mot culture se faisait extrêmement rare, pour ne pas dire inexistant. En fait, un seul candidat l’avait mise dans ses priorités : « le premier chantier sera celui de l’éducation et de la culture. C’est la condition de notre cohésion nationale ». Ce candidat est…notre actuel président.

Des signaux positifs qui restent à confirmer

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Le secteur réunit à l’occasion du déjeuner de la filière organisé par le Prodiss

Après l’intention, qu’on ne peut que saluer, reste à confirmer dans l’action. Le choix, dans le cadre du nouveau gouvernement, de Françoise Nyssen à la tête du ministère de la Culture, a été positivement accueilli par l’ensemble de la filière musicale, qui veut croire que son expérience à la direction d’une entreprise culturelle créative, l’emblématique maison d’édition indépendante Actes Sud, est de bon augure. Tout comme la nomination de Marc Schwartz – à qui l’on doit les accords historiques entre producteurs phonographiques et artistes-interprètes sur la musique en ligne – au poste de directeur de cabinet.

Lors de sa venue au Midem, la ministre a donné des signaux positifs de son écoute et de sa compréhension des inquiétudes du secteur : en relançant le projet de « maison commune de la musique » (pour laquelle elle a lancé une nouvelle mission dont le rapport lui sera remis fin septembre), en annonçant sa volonté d’intensifier la lutte contre le piratage, en promettant de travailler sur la défense du droit d’auteur, sur la question du partage de la valeur (value gap) et de la responsabilité des plateformes de services en ligne.

« Je me battrai pour la filière, je peux vous l’assurer », a déclaré Françoise Nyssen, qui déclare vouloir aussi soutenir l’exportation de la musique française. « Il est important de réinspirer le processus, je ne suis pas là avec une valise de billets » a-t-elle cependant précisé. Rappelons que TPLM en avait fait sa priorité en 2015 avec un Livre blanc remis au gouvernement d’alors et que la filière réclame des moyens sensiblement renforcés pour le Bureau Export (5 M€ de plus).

Toutes ces questions ont été évoquées lors du déjeuner-débat organisé par le Prodiss le 21 juin 2017 sur le thème « Entrepreneurs de la musique : forces et défis ». « Il n’y a plus qu’à espérer que les pouvoirs publics anticipent un dispositif renouvelé de soutien à la filière », a résumé Luc Gaurichon, président du syndicat. Tous attendent la consolidation d’un écosystème performant et la mise en œuvre de la « maison commune ». « C’est une formidable opportunité de nous fédérer et de mutualiser nos moyens », souligne Luc Gaurichon, en constatant que jamais la convergence des préoccupations n’a été aussi évidente. À suivre.

Gildas Lefeuvre