La fabrique des festivals

La saison des festivals est déjà bien avancée ! Comme chaque année, la pléthore d’événements hexagonaux en offre pour tous les goûts. Mais pour attirer un public chaque fois plus nombreux, les festivals ont beaucoup évolué. De la programmation à l’accueil du public, plongée dans la fabrique de ces événements qui vont nous faire danser tout l’été.

mainsquareRadiohead au Mainsquare, Justice aux Eurockéennes, ou alors Interpol à La Route du rock ou PJ Harvey à Rock en Seine ? Cette année encore, le public aura le choix. S’ils reviennent immuablement chaque année, les festivals estivaux ont beaucoup changé. Comme le rappelle Boris Vedel, qui dirige le Printemps de Bourges, « on ne fait plus un festival comme on le faisait il y a 10 ans. On ne peut plus se contenter de poser une scène et de faire défiler des artistes dessus. Le public veut plus que ça ». Alors comment se construisent ces événements, qui donnent chaque année l’impression de battre des records d’affluence, de surenchère de têtes d’affiche, et doivent sans cesse se renouveler pour garder l’attention braquée sur eux, alors que la concurrence fait rage ? D’autant que cette concurrence dépasse largement nos frontières et est désormais continentale, avec les mastodontes comme le Roskilde ou le Sziget, dont la 25e édition aura lieu à la mi août ?

Têtes d’affiches et jeunes talents

La programmation reste évidemment le cœur d’un festival, le nerf de la guerre, le déclencheur qui fait venir le public. Une programmation, c’est un peu comme une recette de cuisine : tout est question d’équilibre et de goût ! Assez souvent, les programmateurs commencent par les têtes d’affiche. Et là aussi, la concurrence accrue oblige à travailler très en amont. « Il y a encore quelques années, on pouvait s’y prendre en septembre pour négocier les têtes d’affiche. Ce n’est plus possible aujourd’hui. Nous travaillons souvent 2, voire 3 ans à l’avance », confie Armel Campagna. Cette année, le Mainsquare a proposé en exclusivité française un concert de Radiohead. Mais comment choisir ses têtes d’affiche ? Tout simplement en regardant les tournées prévues. Faire venir un artiste hors tournée est toujours faisable, mais à des prix très élevés. « On sait qui est sur la route à quel moment. Il faut bien se caler, ces artistes-là voulant faire le moins de concerts possibles. On peut susciter une tournée, mais il faut être 10 festivals et s’entendre pour la provoquer. C’est assez rare, les artistes restent maîtres de leur planning », poursuit Armel Campagna. Et il faut savoir attirer les stars internationales, dont le calendrier est souvent construit ainsi : sortie d’un album, tournée indoor, puis les festivals. Le montant des cachets est un argument important, mais pas le seul. Les artistes comparent l’offre financière, mais aussi la durée du passage, la qualité du lieu, qui joue avant et après, qui joue en même temps… « Les tournées d’il y a 10 ans, d’une durée d’un mois sur l’été, c’est fini. Maintenant, les stars internationales font 10 festivals en Europe, un par pays, comme Radiohead cette année », précise Armel Campagna.

À côté des têtes d’affiches internationales, l’on retrouve les têtes d’affiches hexagonales, là aussi au gré des tournées. Et le tout est complété, plus ou moins en fonction de la philosophie de l’événement, par des nouveautés et des jeunes talents. C’est la formule adoptée par Papillons de nuit. Patrice Hamelin, son président, explique : « nous programmons un tiers de têtes d’affiche. Cette année nous avons Jain, Matmatah ou Renaud. Ensuite, un tiers de révélation, c’est à dire les artistes qui commencent à être connus ou sont en train de confirmer, comme Claudio Capéo, Vianney, Vald ou MHD. Enfin, un tiers de découvertes ou d’artistes de la région ».

Un travail d’équilibriste

Monter une programmation, c’est aussi, et surtout, un travail d’équilibriste. Il faut se démarquer, proposer des artistes fédérateurs et miser sur des découvertes à même de surprendre le public. Pour les généralistes, il faut également veiller à répartir les différents styles. Comme à La Foire aux vins de Colmar, dont Claude Lebourgeois assure la programmation : « notre public est plutôt populaire et familial. Nous essayons donc de lui apporter ce qu’il a envie d’entendre. Pour toucher un large public, nous avons des soirées thématisées depuis quelques années : une soirée hard rock, une soirée electro, une soirée rap pour les plus jeunes ». Du 27 juillet au 6 août se succèderont ainsi sur la scène de la Foire, Sting, Maître Gims, Pixies ou encore Kids United ou Placebo.

Autre paramètre important : le budget. Alors que les festivals doivent aujourd’hui intensifier la diversification de leurs sources de revenus, la concurrence accrue entre événements se double d’une forte augmentation des cachets ces 10 dernières années, et ce, quelle que soit la notoriété des artistes et l’esthétique musicale. Comme l’explique Thomas Bordèse des Electropicales, « les cachets ont fortement augmenté dans les musiques électroniques. Ils ont quasiment doublé, même sur les découvertes. C’est la conséquence du succès de ces musiques, puisque l’on en programme désormais sur tous les festivals généralistes, dans les clubs et dans les salles de concerts. Du coup, les calendriers sont très chargés, et on est obligés de s’y prendre un an à l’avance pour booker les artistes ».

En résumé, construire une programmation n’est pas simple. Il faut savoir se démarquer, dompter les contraintes et bien souvent rivaliser d’ingéniosité pour séduire le public.

Romain Bigay