Filles de la pop

3d-couv-filles-pop-flash-copieLe journaliste et auteur Jean-Emmanuel Deluxe publie un livre sur les filles de la pop, ancré dans les années 60 – Vartan, Gall et Hardy sont à l’honneur – mais pas que. L’occasion de revenir avec lui sur l’image de ces icônes de la chanson française à l’international, et d’évoquer la fraîcheur avec laquelle les Anglo-Saxons et quelques producteurs français réexploitent ces catalogues.

Comment un livre sur les filles de la pop française peut-il avoir été d’abord publié aux États-Unis avant de l’être en France ?

Je voulais parler des chanteuses pop francophones des sixties et de leurs filles spirituelles, mais je voulais en parler de manière moderne, sans tomber dans le nostalgique comme on en a souvent l’habitude en France. Or je me suis aperçu qu’à l’international, pour les Anglo-Saxons et les Japonais en particulier, la vision de ce qui s’est passé en France dans les années 60 n’est pas teintée par la nostalgie, ni basée sur les chiffres de ventes. Ils s’intéressent simplement à la musique, quel que soit le succès de l’artiste ou du titre auparavant. Voilà sans doute pourquoi ça a été plus facile de le sortir là-bas en premier, mais, grâce à mon éditrice Amélie Retore de Maison Cocorico, le livre est maintenant publié en France. Merci à elle.

Quelle est l’image de ces artistes françaises à l’international ?

À part pour Françoise Hardy qui est une icône en Angleterre, les Anglo-Saxons n’ont pas suivi la cuisine interne, ni le déroulement des carrières, etc. Les autres chanteuses, ils ne les connaissaient pas et ils ont juste découvert leur musique, sans a priori. Nous, en France, on souvent mis Sheila en première ligne parce que c’est elle qui vendait le plus de disques, mais les Anglo-Saxons, ils ne la connaissaient pas ! En revanche, on retrouve dans la série américaine Mad Men un morceau de Gillian Hills – une chanteuse anglaise qui a vécu en France et qui a chanté en français – ou la reprise de Laisse tomber les filles de France Gall – qui n’était pas son morceau le plus connu – par April March qu’on a retrouvé ensuite dans les films de Tarantino. C’est juste qu’ils ont trouvé ces musiques chouettes. Leur appréhension n’est pas basée sur la popularité des artistes, ni perturbée par la nostalgie de ce qu’ils ont connu étant jeunes, et ce regard extérieur apporte de la fraîcheur sur ces artistes et ces oeuvres.

Qu’est-ce que ces filles de la pop française des années 60 ont en commun ?

Une certaine candeur, une naïveté liée à l’époque… Oui, il y a une forme d’innocence qui les caractérise, même si une fille comme Stella était déjà assez ironique et même critique sur le phénomène yé-yé. Et puis, il y a l’idée d’une nouvelle génération qui ne voulait pas ressembler à ses parents, qui intégrait les influences américaines en se les réappropriant. Parce qu’avec les paroliers et les arrangeurs français, ce n’était pas une simple copie, et finalement le yé-yé français est assez original.

Est-ce que vous trouvez que la place des artistes féminines sur la scène musicale a évolué des années 60 à aujourd’hui ?

Dans les années 60, les producteurs avaient une importance fondamentale, les arrangeurs aussi. Les filles étaient rarement seules à décider ce qu’elles allaient faire de leur carrière, voire on leur disait quoi chanter. La première qui a fait différemment était Françoise Hardy car elle est auteure-compositrice-interprète, et, à la fin des années 70, elle a monté son label et sa maison d’édition, exprimant une certaine volonté d’indépendance. Depuis, il y a eu une évolution avec d’un côté plus de liberté laissée aux artistes, et d’un autre une forme de standardisation.

Quel regard portez-vous sur l’exploitation de ces back catalogues ?

En France, on a eu du mal à valoriser le répertoire de ces artistes. Le premier à avoir fait des choses intéressantes est le label Born Bad avec les compilations Wizz, justement destinées à un public plutôt rock et branché et pas à un public type Radio Nostalgie. Après, ce sont plutôt des labels anglo-saxons qui ont réédité des morceaux comme le label Ace Record avec ses compilations Très Chic. Chez nous, on commence juste à réévaluer ce patrimoine et à le réexploiter de manière plus moderne, sans forcément reprendre toujours les mêmes artistes à succès. De ces époques, il y a beaucoup d’artistes à redécouvrir, et d’ailleurs ces musiques servent aujourd’hui beaucoup en musique de film ou en musique de pub.


Filles de la pop
Auteur : Jean-Emmanuel Deluxe
Préface : Lio
Éditeur : Maison Cocorico
Présentation sur le site de l’éditeur