ETATS-UNIS : LE STREAMING GRAND PUBLIC S’IMPOSE

Par Emmanuel Legrand

Quel est le point commun entre la diva Adele, la country girl devenue pop star Taylor Swift et le boy band anglais The 1975 ? Outre que leurs récents albums ont trôné sur les cimes des charts de Billboard aux Etats-Unis, ils ont effectué cette performance sans que leur musique soit accessible sur la principale plate-forme de streaming, Spotify.

Car c’est un des paradoxes de l’industrie musicale aux Etats-Unis : le streaming musical est définitivement en 2015 devenu la principale source d’accès à la musique aux USA, et a détrôné le téléchargement comme première source de revenus numériques du secteur de la musique, mais ce boom du streaming se traduit par une insatisfaction croissante des artistes envers ce mode de consommation.

En cause : le faible taux de rémunération que ces plate-formes versent aux artistes, tant pour leur compositions que pour les enregistrements. En parallèle, de nombreux professionnels estiment que le streaming cannibalise aussi les ventes physiques ou le téléchargement payant.

Du coup, certains artistes et leurs labels decident de ne pas mettre leurs productions les plus récentes sur ces services de streaming (ou en tout cas dans sa partie gratuite). Dans le cas d’Adele ou de Taylor Swift, la stratégie fut payante, les deux albums ayant été en tête des ventes – et surtout dans le cas d’Adele, ont battu tous les records de ventes (7,4 millions d’exemplaires de l’album « 25 » vendus en 2015, alors que le disque n’est sorti qu’en novembre!).

Double tranchant

C’est aussi une stratégie a double tranchant car ne pas pouvoir accéder à la musique d’artistes de ce calibre peut avoir comme effet de pousser de nombreux consommateurs vers des sites pirates. «Et ce qui marche pour Adele ou Taylor Swift ne marche pas forcément pour d’autres artistes » tempère David Bakula, responsable de l’analyse des données chez Nielsen Entertainment, la société qui mesure les ventes d’albums et les streams aux Etats-Unis. En effet, ne pas être diffusé sur ces services peut tout simplement se payer très cher en terme de visibilité pour les artistes.

Contrairement à l’Europe où les modes de consommation sont concentrés sur des services de streaming du type Spotify ou Deezer, aux Etats-Unis, les types de plateformes sont multiples. L’accès à la musique se fait soit via des services de streaming pur via internet ou des applications (Apple Music, Spotify, Deezer, Tidal ou Amazon Music), soit via des services accessibles par satellite comme Sirius/XM, essentiellement utilisé dans les voitures; ou encore avec Pandora, plate-forme composée de centaines de playlists utilisée par plus de 80 millions de personnes. Sans oublier YouTube, bien entendu, qui fédère des millions d’utilisateurs.

« Le streaming est définitivement la forme dominante de consommation de la musique aux Etats-Unis » confie David Bakula. Le nombre de titres ayant été streamés durant l’année 2015 s’est élevé à 317.2 milliards, plus du double des 164.5 millards mesurés en 2014.

Du coté des labels, on se réjouit de cette forte croissance, qui vient après des années de déclin, même si nombreux sont ceux qui craignent que la baisse du téléchargement payant ne soit pas compensée par une hausse significative des revenues du streaming.

« Les chiffres du streaming sont encourageants » confirme Jonathan Lamy, responsable de la communication de la RIAA, l’Association américaine des maisons de disques. « Cela montre que la musique reste extrêmement populaire et il faut s’en réjouir, même si on peut penser qu’il serait bien que les revenus augmentent aussi dans la même proportion. Mais la tendance va dans le bon sens. »


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