Double Je : Jane & Serge

Double-jeu-1La journaliste Véronique Mortaigne publie Double Je, un livre-enquête sur la relation qui liait Jane Birkin et Serge Gainsbourg et sur ce que la première a apporté au second : une part de féminité et un catalogue sans cesse revisité.

On en sait déjà beaucoup sur Serge Gainsbourg et Jane Birkin. Qu’avez-vous cherché à étudier à travers ce livre ?

Je me suis d’abord posé la question de ce que Jane avait apporté à Serge et non l’inverse. Elle a toujours été à son service et cela me semblait intéressant d’étudier sa place dans la carrière de Gainsbourg, la personnalité dont elle a fait preuve dans les moments qu’ils ont passés ensemble. Ce que Jane a apporté à Serge, et tous les témoignages concordent, c’est d’abord de la féminité, et également une certaine légèreté car elle venait du swinging London.

Il faut aussi savoir que Gainsbourg avait une sœur jumelle – Juliette Greco possède un tableau peint par Gainsbourg le représentant avec sa sœur jumelle lorsqu’ils étaient enfants sur la plage – et que Jane avait elle-même une relation très jumélaire avec son frère. Et puis, elle avait ce côté androgyne et Serge Gainsbourg n’aimait pas les poitrines généreuses… ce qui ne lui a pas empêché d’apporter une certaine féminité à Gainsbourg, féminité qu’il connaissait déjà de manière ambiguë car le père de Serge avait été pianiste dans des bars comme Madame Arthur, donc il avait déjà fréquenté des milieux interlopes et s’était posé des questions sur l’homosexualité. Ensuite, il a réalisé Je t’aime, moi non plus, un film complétement homosexuel où Jane subit les assauts sodomites de Joe Dallesandro, icône gay de la Factory d’Andy Warhol.

Dans leur couple, beaucoup de choses tournaient ainsi autour du genre, du masculin/féminin – d’où le titre Double Je -, et quand Jane arrive dans sa vie, elle lui offre des bijoux, lui fait porter des Repetto qui sont à l’origine des chaussures extrêmement féminines, etc.

Je suis partie de ces deux univers qui se rencontrent, de ces jumeaux qui cherchent un double, du désir érotique qui existe entre eux, surtout que Serge sort d’une passion dévastatrice de trois mois avec Brigitte Bardot et Jane d’un mariage catastrophique avec John Barry, l’un des compositeurs des musiques de James Bond. Ils sont alors à la recherche d’un double et d’une relation intense et fusionnelle.

Véronique Mortaigne

Véronique Mortaigne

Quelle place occupe la musique dans la construction de ce couple ?

Depuis toujours, Serge Gainsbourg cherchait des voix, c’était sa façon de conquérir les femmes. Il y a eu La Javanaise avec Juliette Greco, puis Brigitte Bardot qu’il a fait chanter au paroxysme de leur histoire d’amour, Régine aussi, Zizi Jeanmaire… Les voix de femmes ont quelque chose de très érotique pour Serge. Quand il tourne sur le film Slogan, Jane y joue et y chante, et à partir de là, ils ne se quitteront plus, du moins dans leur relation musicale. Dans le livre, Régine explique à quel point chanter une chanson de Gainsbourg devant lui constitue une séance presque amoureuse. Pour Jane, cela en a été de même, et elle ajoute que c’est à travers ses chansons qu’il lui disait ce qu’il n’arrivait pas à lui dire dans le quotidien. La musique était un canal de compréhension entre eux, presque un langage.

Comment qualifieriez-vous l’évolution de leur relation musicale ?

Normalement, lorsqu’un couple se sépare, il ne collabore plus, ou alors de manière distante. Mais là, Serge a continué à écrire des chansons pour elle et, même après sa mort, Jane a continué à faire vivre son répertoire de chansons. Elle étudie toutes les facettes de son œuvre qu’elle a chanté à l’oriental, en symphonique, en trio jazz, etc. Quelque part, que Jane magnifie et fasse vivre les chansons de Serge jusqu’à aujourd’hui témoigne de leur histoire extrêmement forte.

Double Je, Véronique Mortaigne, éditions des Équateurs