Daho par Conte

dahopardahoVendredi 22 mars, France 3 diffuse Daho par Daho, un documentaire sur le parcours et la personnalité du chanteur qui fêtera bientôt ses 40 ans de carrière. Auteur du documentaire, le journaliste Christophe Conte nous explique les dessous du tournage, sa relation à Étienne Daho, et la cohérence d’une œuvre riche de 13 albums.

Après avoir travaillé pendant plus de 25 ans aux Inrockuptibles, Christophe Conte use aujourd’hui sa plume « à droite, à gauche » mais se concentre principalement à des projets audiovisuels. Il a ainsi écrit un documentaire sur le compositeur François De Roubaix, puis sur David Bowie – « diffusé la semaine juste avant sa mort, ce qui était assez troublant » – et en finalise actuellement un sur le glam rock. Entre temps, il est donc parti interviewer Étienne Daho « à Paris, Londres et Saint-Malo » pour les besoins du film qui sera diffusé pour la première fois vendredi 22 mars à 23h05 sur France 3. « En plus, on a appris hier qu’il sera disponible durant un mois en replay », se réjouit le journaliste.


Vous suivez la carrière d’Étienne Daho depuis longtemps, racontez-nous votre relation avec lui.

Notre rencontre date d’il y a une quinzaine d’années. Au départ, j’allais l’interviewer, puis je lui ai proposé de faire un livre, et c’est comme ça que j’ai écrit une biographie, en deux fois. La première version, parue en 2007 chez Flammarion, s’appelait Une histoire d’Étienne Daho, et la seconde a été publiée en 2017 avec trois chapitres supplémentaires pour rattraper les 10 ans entre les deux éditions.

Avec Étienne, nous avons une relation à la fois professionnelle et amicale. Je ne suis pas un ami proche mais nous avons une relation de confiance mutuelle, ce qui a permis de faire ce documentaire ensemble alors qu’il n’était pas très disponible. Il répétait pour sa tournée, mais à partir du moment où il a accepté, il a de lui-même donné de son temps pour les interviews et les tournages qu’on a réalisés aussi bien à Paris, à Londres qu’à Saint-Malo, en répétition, sur scène ou chez lui. Comme le principe est qu’il n’y a que lui comme intervenant dans le documentaire, il nous a beaucoup parlé. Il a aussi ouvert ses archives personnelles et nous a montré des documents inédits. Jusqu’au bout, il collabore, il est venu au montage, il fait la promotion, il est très impliqué et a eu à coeur de faire les choses pour que le film ressemble à ce dont il avait envie. Il fait partie de ces gens qui, à partir du moment où ils s’engagent sur un projet, en font aussi leur projet.

À ceux qui hésitent : pourquoi regarder ce documentaire le 22 mars ou en replay ?

Les gens qui connaissent Étienne Daho vont voir des images qu’ils n’ont sans doute jamais vues. Plusieurs spécialistes, notamment Benoît Cachin, auteur de deux livres sur Daho, me l’ont confirmé. Et puis, dans ce que dit Étienne dans le film, il y a beaucoup de choses qu’il n’avait jamais précisé de cette façon-là. Pour ceux qui en ont une image plus floue et lointaine, voire négative, pensant que c’est un chanteur léger et surtout incrusté dans les années 80, ils vont découvrir un personnage qui a déjà une oeuvre dense et et très cohérente. Il a commencé sa carrière de fan en écoutant Syd Barrett et Pink Floyd, et il sort en 2017 l’album Blitz où il revient sur ces traces-là… La vie d’Étienne est faite d’obsessions, et ce documentaire montre à quel point, dans sa carrière et dans sa vie personnelle, depuis toujours, la musique a été un moteur vital. C’était ça ou rien, il le dit lui-même : pour lui, c’était « la gloire ou le caniveau ». D’ailleurs le film commence là dessus, sur une archive où il dit qu’il ne durera pas… Finalement, il fait partie de ceux qui ont la trempe et assez de matière et de conviction pour créer, se renouveler, tenter des choses peu évidentes, se remettre en question tout en gardant un fil très fort, toujours sans renier ses obsessions. Encore aujourd’hui, Étienne Daho est quelqu’un qui ne fait pas d’émission TV pour simplement se monter. Au contraire, il va plutôt vers des choses exigeantes, underground, et il garde une forme d’intégrité que peu de chanteurs de cette notoriété gardent. À travers toutes ces facettes, on découvre à la fois la cohérence de sa carrière et des périodes musicales et personnelles peu connues.

J’ajouterai aussi que ce film possède une forme d’écriture originale, et je suis content de l’avoir inaugurée avec ce documentaire sur Étienne Daho.

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Ce film est entre autre l’occasion d’apprendre qu’Étienne Daho a commencé en organisant un concert. Racontez-nous l’anecdote.

Oui, le concert des Stinky Toys à Rennes en 1978. Il était un peu étudiant, un peu disquaire, un peu glandeur, et il était surtout très fan du groupe, alors il a décidé de les faire venir, tout simplement parce qu’il voulait que son groupe préféré vienne jouer chez lui. Il a monté une petite asso, conseillé par Hervé Bordier qui venait de créer les Trans Musicales, mais conseillé de manière succincte parce qu’ils ont quand même perdu beaucoup d’argent, avec pas mal de gens qui sont rentrés en poussant les barrières. Mais ça reste un concert mythique avec Marquis de Sade et Stinky Toys, et c’est une date fondatrice parce qu’il y avait une tempête de neige ce soir-là, et les Stinky Toys n’ont pas pu repartir comme prévu sur Paris. Tout le monde a donc été chez Étienne et c’est là qu’il a annoncé qu’il écrivait des chansons, ce qu’il n’avait encore jamais dit. Or, comme il le raconte dans le documentaire, le fait même de dire cette phrase a fait de lui un chanteur.

Diffusion le 22 mars à 23h05 sur France 3
Bande-annonce du documentaire
Extrait du documentaire