Bossa nova, la grande aventure du Brésil

Dans Bossa nova, la grande aventure du Brésil, Jean-Paul Delfino revient sur les origines de la bossa nova, et raconte la naissance d’un genre musical à part entière, qui permettra au Brésil des années 1950 de s’affirmer aux yeux du monde en musique.

Jean-Paul Delfino est romancier et scénariste.
Après un début de carrière dans le journalisme, il n’a cessé, depuis, de se consacrer à ses trois passions : la littérature, le Brésil, et sa musique. Après la parution de plusieurs romans policiers et l’écriture de pièces radiophoniques pour Radio France, Jean-Paul Delfino a entamé la publication d’une série romanesque consacrée à l’histoire du Brésil, intitulée Suite brésilienne, qui compte à ce jour neuf romans.

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L’auteur et scénariste Jean-Paul Delfino

Qu’est-ce qui vous a amené à la musique brésilienne ?

Le peu que je suis, je le dois au Brésil. Tout a commencé dans une soirée quand j’étais gamin. Je jouais déjà de la guitare, je faisais des dizaines de chansons, toutes plus mauvaises les unes que les autres. Je connaissais sur le bout des doigts Brassens, Brel, Nougaro. Et puis un jour j’ai entendu le fameux disque de Joao Gilberto avec Getz (NDLR Stan Getz, A Garota de Ipanema) : ça a été un véritable AVC artistique. Autant j’arrivais à comprendre comment ma main gauche fonctionnait, autant ma main droite, c’était absolument incompréhensible. Ça l’est demeuré pendant plus de 7 ans jusqu’à ce que j’aille tremper un peu mon oreille dans la musique brésilienne, sur place, au Brésil.

Ce disque je l’ai volé à l’époque, mais je l’ai écouté des milliers et des milliers de fois. C’était un vinyle donc face A, face B, face B, face A. C’est comme ça que la musique brésilienne est entrée en moi.

En deux mots, c’est quoi la bossa nova ?

La bossa nova c’est avant tout un énorme malentendu entre le Brésil et le reste du monde. Notamment à cause de gens comme Stan Getz et surtout à cause de personnes issues du milieu du jazz et qui se sont servies de la bossa nova plus qu’elles ne l’ont servie. Il y a des contre-exemples fort heureusement, mais en règle générale ce sont des gens qui font du jazz samba et non pas de la bossa nova. Ils l’appelaient comme ça à l’époque parce que ça faisait vendre.

Aujourd’hui on compare la bossa nova à une musique d’ascenseur ce qui est totalement injuste. Si vous êtes musicien(ne) et que vous jouez de la guitare, vous vous apercevez très vite que c’est le style musical le plus dur à jouer. C’est la musique la plus évidente mais aussi la plus terrifiante car le moindre millième de secondes dans l’interprétation et c’est une catastrophe ! Le soufflé retombe immédiatement. Tom Jobim (NDLR Antônio Carlos Jobim) disait que c’est une « musique de chambre populaire » et je suis entièrement d’accord avec le grand maître. Ça a la sophistication d’une musique de chambre et c’est terriblement populaire en même temps.

Dans votre livre, vous faites un parallèle entre les débuts de la démocratie au Brésil et l’arrivée de la bossa nova… Capture d’écran 2017-06-15 à 12.39.26

Je pense que la bossa nova aurait existée sans Kubitschek, qui est élu au Brésil, de façon démocratique, pour la première fois, après trois décennies avec le dictateur populiste Vargas. Mais il lui aurait manqué quelque chose. Pour moi les deux vont de paire. Le Brésil est un pays colonisé donc pendant longtemps on a seulement retenu ce côté-là. La république arrive en 1889 mais il faudra attendre 70 ans pour que le Brésil se sente pousser des ailes de géant, se reconnaisse et s’affirme aux yeux et aux oreilles du monde entier. Il avait essayé en 1917 avec la création du samba, mais c’est une musique tellement dionysiaque, si vous voulez, qu’au bout d’un moment, on a l’impression de tourner en rond alors qu’il y a des variantes de samba multiples et variées.

Mais avec la bossa nova c’est une façon de dire : nous avons inventé notre propre musique en utilisant les trois signes de notre pays que sont la racine indienne, la racine africaine et la racine européenne. Et pour la première fois, ce sont les Américains qui vont s’inspirer de cette musique, et non pas l’inverse. On est au milieu des années 1950 et le Brésil se pense comme tel, comme une entité nouvelle. Et ça se lit sur toutes les facettes de la société : le foot avec le joueur Pelé, le cinema novo qui est l’équivalent de la nouvelle vague en France, la poésie concrétiste, l’architecte Oscar Niemeyer qui va, entre autres, bâtir la capitale Brasilia. La bossa nova est la facette émergée de tout cela. C’est l’arrivée de la consommation de masse, de l’American way of life qui s’impose au monde. Mais malgré cela, le Brésil persiste et s’accroche à son identité, ce qui est une première dans son histoire.

Et qu’est-ce que la bossa nova a apporté au peuple brésilien ?

Il faut savoir que la bossa nova est une musique de chambre populaire mais c’est une musique qui est quand même très élitiste. Elle a néanmoins prouvée aux musiciens et au peuple brésilien qu’ils étaient capables d’avoir leur propre musique. Le Brésil est devenu une nation à part entière, et la bossa nova l’illustration musicale de cette majorité.

Où en est la bossa nova aujourd’hui ?

Cela fait 30 ans que je vais au Brésil, donc je suis de près les évolutions et je suis fou de joie quand je vois des gamins qui se réunissent, non pas pour gagner de l’argent ou faire la Star Académie, mais pour jouer du choro du début des années 1900, de la bossa nova, du samba. Ils ne se retrouvent absolument pas dans cette musique mondiale. Le rap brésilien, le rock brésilien, c’est une greffe forcée. Vous voyez dans les favelas des gamins qui sont calibrés, qui ont des dollars en or comme pendentif autour du cou et qui essaient de ressembler à des mecs fantasmés de Harlem. Pour moi, c’est une opération marketing à l’échelle planétaire.

Et comment qualifieriez-vous la scène musicale brésilienne en France aujourd’hui ?

C’est un peu comme l’arrivée des beaux jours. Les Brésiliens ne sont pas bêtes. Juin, juillet, août, septembre, quelquefois octobre, vous avez beaucoup de concerts d’artistes brésiliens en France parce que c’est l’été. Dès qu’octobre ou novembre arrivent, ils repartent parce que c’est l’été au Brésil. C’est toujours en mouvement. Pendant longtemps les Français se sont contentés de récupérer des succès brésiliens pour les adapter dans le meilleur des cas, ou les traduire dans le pire des cas. Aujourd’hui, ce sont des Français, et notamment des Françaises, qui écrivent directement des chansons brésiliennes, avec des rythmiques brésiliennes, qui chantent en portugais et qui vont faire des concerts au Brésil. Et cette dernière tendance me fait très plaisir.


Bossa_Nova-1re_Couv-RVBLa bossa nova, la grande aventure du Brésil

Éditeur : Le Passage • Édition : mars 2017 •

Format : 15,2 x 24 cm • Pagination : 320 pages • Langue : français

Prix : 18 €