Alain Chamfort : une antibiographie musicale

Pour la première fois, Alain Chamfort, figure incontournable de la pop hexagonale,  raconte ses mémoires, son enfance et sa carrière dans Intime, anti-biographie musicale, aux éditions du Cherche-Midi. Un parcours riche de rencontres fortes, de Claude François à Serge Gainsbourg. Avec cette pudeur qui le retient de trop se dévoiler, il se livre à de belles confidences pour éclairer une vie d’artiste animée par l’amour de la musique. 

Intime- Qu’est-ce qui vous a décidé à écrire ce livre, vous qui êtes plutôt discret sur votre vie privée ? Et pourquoi une anti-biographie ?

J’ai longtemps considéré qu’il n’était pas intéressant de raconter ma vie. C’est la rencontre avec mon éditeur, qui m’a soumis cette idée d’anti-biographie, qui a attisé ma curiosité. L’idée était de n’aborder que ma vie musicale, avec mes influences, mes choix… On a donc commencé à travailler sur cette idée. Et l’on s’est vite rendu compte que mes choix musicaux ne dépendaient pas uniquement de la musique, mais aussi de mon environnement, de mon histoire, de mes rencontres. Le projet s’est un peu transformé, même si nous avons essayé de rester centré au maximum sur la musique, et en n’abordant ma vie privée que lorsque cela apportait un éclairage nécessaire. C’est cela l’idée d’anti-biographie. J’aborde donc un peu mon enfance, mais sous l’angle de l’éducation musicale. Je ne suis pas dans le grand déballage extra-professionnel.

- Votre carrière est jalonnée de rencontres importantes, la première étant celle avec Claude François. Comment êtes-vous amené à travailler avec lui ?

Mon collaborateur de l’époque, Michel Pelay, avait accompagné Michel Sardou comme musicien, qui lui avait conseillé de contacter Vline Buggy, auteure, pour montrer notre travail. Elle nous a présenté à beaucoup de gens du métier, et un jour, elle nous a emmené dans les bureaux de Claude François. À l’issue du rendez-vous, il nous a proposé un contrat d’édition. On a travaillé pendant 2 ans environ. On a écrit de nombreuses chansons, et l’on faisait écouter à Claude François tout ce que l’on composait. Il nous a pris 3 chansons, et on en a écrit pour Nicoletta, Sylvie Vartan, Pétula Clark, Hervé Villard, Paul Anka… Ce dernier, auteur de la version anglaise de Comme d’habitude, My way, de passage chez Claude, nous a pris une chanson, Do I love you qui a bien fonctionné aux USA. Il y a même une version country qui s’est classée dans les charts vers 69-70. Claude en a fait une version française : Plus rien qu’une adresse en commun.

- En tant qu’auteur, rien ne vous destinait spécialement à devenir également interprète. Comment franchissez-vous le pas ?

Je n’avais effectivement aucune ambition de devenir interprète. Nous produisions des chansons abouties, arrangées avec Michel, et Claude François a décidé de nous faire enregistrer un disque, avec des titres que l’on avait initialement envisagés pour lui. Puis Michel s’est finalement retiré du chant, Claude François m’a trouvé mon nom de scène, m’a proposé un contrat d’artiste. Et c’était parti. J’ai fait une dizaine de 45 tours chez lui, puis un album compilation. Cela a duré environ 4 ans. Puis j’ai eu envie de m’émanciper et d’aller voir ailleurs, chez CBS, une maison de disques plus conséquente, plus structurée, avec un meilleur contrat.

- La fin avec Claude François a tout de même été compliquée…

Il ne voulait pas que je parte, et il avait les possibilités juridiques de me retenir, puisque j’avais une clause de préférence. Il s’alignait donc systématiquement sur les propositions que je recevais. Par un hasard de négociations dans lesquelles il se trouvait avec CBS, je me suis retrouvé dans les « contreparties ». Par chance, j’ai donc pu rejoindre CBS.

- Autre rencontre déterminante dans votre carrière, Serge Gainsbourg, qui vus écrira notamment Manureva. Comme se fait la rencontre ?

La rencontre s’est faite très simplement. J’avais envie de travailler avec lui, j’ai donc été le rencontrer. Je revenais tout juste des Etats-Unis où j’avais enregistré les bases instrumentales d’un futur disque avec des musiciens de studio exceptionnels, les frères Porcaro. Il y avait le son américain, avec le jeu et l’énergie que l’on essayait de copier en France, avec beaucoup de difficultés. Cela a été un argument déterminant pour qu’il accepte de travailler avec moi. Et l’on a fait 3 albums ensemble.

- C’était comment de travailler avec Gainsbourg ?

C’était très simple. Il était attentif, disponible, très à l’écoute. C’était un homme fin, cultivé, avec beaucoup d’humour. C’était une ambiance de travail à la fois studieuse et détendue, avec un artiste de grand talent. Au début de notre collaboration, il n’était pas l’icône qu’il est devenu par la suite. C’était un peu comme rencontrer les Beatles avant le succès : ce devait être eux aussi des gars normaux, ordinaires.

- Vous avez vécu à ce moment-là l’évolution de Gainsbourg vers Gainsbarre. C’est ce qui a mis un terme à votre collaboration ?

Il rencontre à ce moment-là un fort succès populaire avec Aux armes, et caetera, auquel il n’était pas préparé. Le succès n’est facile à gérer pour personne. Beaucoup en rêvent, mais quand vous ne pouvez plus sortir de chez vous et faire deux mètres sans que tout s’emballe, que tous les médias, qui vous ignoraient jusqu’alors, vous veulent tous du jour au lendemain… Pour faire face à ça, il s’alcoolisait de plus en plus. Et il est entré dans une spirale de la provocation. On s’est perdu à ce moment-là, quand il a commencé à construire son personnage de Gainsbarre, avec qui toute communication était impossible.

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- On fait un grand saut dans le temps pour aborder un tout autre aspect de votre carrière dans la musique, à savoir votre participation à l’élaboration du rapport « Création musicale et diversité à l’ère numérique », qui préconisait la création d’un Centre national de la musique, abandonné depuis. Comment vous retrouvez-vous là, et quels souvenirs gardez-vous de ce travail ?

Je venais de finir mon mandat d’administrateur de la Sacem. Bernard Miyet, alors directeur général, m’appelle pour me parler de la mission que venait de lancer Frédéric Mitterrand, alors ministre de la Culture. Il me dit qu’il faudrait un représentant des artistes pour compléter le panel composé de Didier Sellès, haut fonctionnaire, Franck Riester, député, Marc Thonon, représentant des labels et Daniel Colling, représentant du spectacle. J’ai accepté d’emblée. On a rencontré et auditionné plus de 120 personnes, de la petite association jusqu’à Pascal Nègre en passant par les représentations professionnelles, pour balayer le plus largement possible la filière musicale dans toute sa diversité. Nous avons, je crois, réussi à entraîner tout le secteur pour travailler sur ce qu’aurait pu être un Centre national de la musique. L’idée était de formaliser une maison et un outil commun. On connaît la suite, ce projet ne survivra pas à l’alternance politique de 2012, et sera relégué, malheureusement, sur une étagère. C’est principalement la question du financement qui a précipité la fin de ce beau projet, comme tout le monde le sait. Certains acteurs seraient tentés de le ressortir. Ce serait à mon sens une très bonne chose. En tout cas, ce fut un travail passionnant, une période très enrichissante pour moi, qui m’a permis d’appréhender les opportunités, les difficultés et les enjeux de la filière musicale.

- Pour finir, quelle est votre actualité ? Un album est en préparation pour 2017, non ?

Je suis toujours administrateur de la Sacem. J’ai sorti un album chez Pias l’année dernière. Je travaille sur le prochain, dont les trois quarts sont écrits, et une bonne moitié enregistrée. La sortie est prévue en octobre 2017. C’est le dernier album de mon contrat avec Pias, on verra ce qu’il se passera ensuite. Je pars en tournée en janvier. Elle s’achèvera par un concert à la Salle Pleyel le 29 avril. J’ai participé à un album hommage à Michel Delpech, à Georgia, un conte pour enfants sorti chez hachette Jeunesse, j’ai écrit une chanson pour la comédie musicale Un été 44… Et le livre, bien sûr, qui est sorti il y a un mois. Bref, je n’ai pas le temps de m’ennuyer !

 


9782749114675

Intime, antibiographie musicale
Éditeur : Le Cherche Midi • Édition : 20 octobre 2016 •
Format : 22 x 14 cm • Pagination : 224 pages • Langue : français

 

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